jeudi 25 février 2016

Ne pas mentionner l'oiseau.

"Décrire un paysage vu par un oiseau. Ne pas mentionner l’oiseau"

Exercice de John Gardner relayé par François Bon dans ses ateliers en ligne.
Tenté l'expérience rapidement, dans le cadre des Ecoutes Bienveillantes.
Réunion ce soir et partage des textes.
Toujours un régal.



1.
Le rectangle blanc taché de mousse verte est immuable à chaque passage. La lucarne en son centre est toujours fermée. Ce matin, alors que la brume persistait à s'accrocher aux cimes des sapins de la forêt avoisinante, une silhouette en tenue sportive est sortie de dessous le rectangle, toussant à intervalle régulier durant le trajet qui l'a menée au grand rectangle de tôle grise. Au moment de disparaître à l'intérieur, la silhouette râblée en a croisé une autre, plus massive, de jaune vêtue. La juxtaposition de ce jaune piquant et du bleu turquoise m'a rappelé les cousins qui vivent sous l'Equateur et que les touristes photographient sans relâche, dans l'attente de les voir produire un son reconnaissable par eux. Malgré la présence d'un nombre important d'arbres tous semblables autour du rectangle gris, arbres dans lesquels on pouvait reconnaître le souffle du vent, un ensemble d'exclamations a été entendu au moment du croisement entre bleu et jaune. Cela n'a pas duré longtemps. Il s'est mis à pleuvoir et le gravier irrégulier des allées a vu s'accumuler des eaux stagnantes dans lesquelles on pouvait se mirer à l'envi. Je ne m'en suis pas privé.

2.
Tenté atterrissage sur le toit trempé de l'habitation, surface rendue glissante par les particules verdâtres tombées du boulot dont les branches pleuvent sur une partie importante de la zone.
Opté pour l'aubépine qui sépare le terrain habité du champ des vaches.
Constaté que malgré ma taille, peu commode de se frayer un chemin dans cet arbuste retors.
Echaudé par cet inconfort, dirigé vers le véhicule bruyant où trois gars vidaient de gros volumes qu'ils faisaient basculer en les accrochant à l'arrière de l'engin.

Remarqué que l'odeur était insupportable et opté pour le lampadaire encore allumé malgré la nuit achevée.
Observé un monstre turquoise sur le chemin boueux, apparemment contraint par la pluie à marcher rapidement vers l'habitation. De la fumée sortait de sa bouche chaque fois qu'il enlevait le petit morceau blanc qui pendait à ses lèvres.

Soulagé que les structures en bois où les petits de monstres jouent d'habitude restent désertes. La météo est avec moi.

3.
Cubes ( bonne soixantaine) d'où sortent figurines pressées et emmitouflées dans vestes et pulls chamarrés . Toiles meurtries accolées aux cubes, doublant surface au sol ou couvrant plancher qui supporte table et chaises en plastique blanc ou bleu. Sable formant  minuscule plage carrée au centre du terrain où trainent depuis hier sceau rouge, râteau bleu clair et bonnet orange. Surface verte plus loin, bordée par bande blanche et séparée en son milieu par filet. Agitation et circulation tout autour pour récupérer petite balle qui reçoit multitude de frappes. Spécimens sortis des toiles et entrés à toute allure dans mobiles qui avancent lourdement, dégageant vapeurs nauséabondes. Inutilité du séjour ici et départ vers ailleurs.

3 commentaires:

  1. oui, possibilités impressionnantes de cet exercice... et chaque fois une moisson si surprenante...

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    1. Oui, pondu entre deux répétitions et une grippe. Si l'oiseau n'est pas mentionné, il m'a fait plané au-dessus du camping de mon enfance.
      Pas lu attentivement encore les contributions sur la page. Juste parcouru.
      Les neuf portes dès que je trouve le temps de les franchir.

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