samedi 14 mai 2016

Journal. Ecrire dans son coin.

 
 
 
 
 
Ecrire en salle de répétition. Salle de travail, salle de recherche, laboratoire. Toutes les appellations sont justes et forcément incomplètes. Ecrire ensemble avec Julie qui est à l'origine du projet. "Ma vie d'enfant" de Maxime Gorki, c'est son envie, et nous, à l'écriture, la mise en scène, la musique, la manipulation des ombres, le jeu, nous nous réapproprions son désir et il devient un désir collectif et ensemble, vraiment ensemble, même si pas tous ensemble en même temps dans le même espace, nous cherchons. Nous prenons le temps, personne ne nous salarie pour cela, nous vaquons chacun de notre côté à d'autres occupations, parfois rémunérées et nous gardons des périodes pour nous retrouver. Il en sera comme ça pendant des mois encore avec cependant une date butoir le 10 septembre pour une présentation du travail là où il en sera arrivé.
 
 
 
 
Revenons à écrire. Ce spectacle qui fait appel aux ombres (rétroprojection), à la vidéo, à la musique live (piano, violon, accordéon), à la manipulation d'objets et au jeu d'acteur est comme une superposition de couches narratives, une imbrication plutôt et chaque couche influe sur les autres, en détermine la nécessité, la justesse et cette justesse évolue et se modifie constamment. Les pistes ne cessent de se multiplier, parfois attendues, redondantes, mille fois vues et parfois singulières, offrant des éclats poétiques, des fulgurances qu'on essaie - et en vain quelques fois - de reproduire, de retrouver. Depuis quelques semaines, j'écris dans mon coin au départ de ce que Julie souhaite conserver du bouquin de Gorki. Seulement, écrire dans son coin, c'est comme être puni, au coin. C'est s'isoler de la réalité des expériences à faire à six, et j'étais à la peine par moments pour faire surgir l'énergie de l'écriture. Elle venait oui, mais comme déconnectée de sa destination, fondée sur des pratiques qui avaient fonctionné ailleurs lors d'autres processus de création. Mais l'écriture n'est pas reproductible, quel que soit le projet. Elle est chaque fois autre et nouvelle et si elle n'est pas cela, elle est déjà morte.
 
 
 
 
Toute cette semaine, j'ai écris sur place, au départ même de l'exploration qui nous réunit. La circulation des idées, des tentatives et des questionnements de chacun a traversé l'ordinateur pour venir chatouiller, provoquer, déranger, malmener ce qui s'affichait sur l'écran et le sentiment que l'écriture pulsait enfin au diapason des instants présents a changé la donne. Tous (Julie, Sabrina, François, Michaël, Sylvain et moi) nous avons eu des emballements, des égarements, des instants d'hébétude ou de délire, de sérieux ou de légèreté, et sur cette somme de déambulations libres, je peux m'appuyer pour retourner dans mon coin quelques jours et sentir cette solitude non comme une punition, mais une opportunité indispensable pour revenir à la prochaine session les bras chargés de
propositions pertinentes. Alors, comme cette semaine, dans ce lieu magique qui rassemble ateliers d'artistes et de scénographes bidouilleurs, vieux anars aux mains baguées et vieux clébards, on pourra inventer la suite et faire des pauses dans la cour inondée de soleil.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire