samedi 11 juin 2016

Notes sur ma table de travail.







Quand le propriétaire des lieux n’est pas là, on peut depuis cette position confortable (allongé sur la table de salle à manger à soixante-quinze centimètres du sol avec vue sur la cour et les oiseaux passant) voir ceci : une planche de bois clair non verni (bonjour les futures taches de café), clouée à droite à même un socle constitué de deux caisses de vins (notamment un Château Batailley, Pauillac, Grand Cru Classé) posées à leur tour sur une vieille caisse à on ne sait pas vraiment, qui contiennent vers l’extérieur (direction canapé et grand miroir de deux mètres de haut et un de large) une série de polars des Editions Viviane Hamy, quelques uns en format poche de la Série Noire, mais aussi posé horizontalement Le Quatuor d’Alexandrie d’un certain Laurence Durell, vers l’intérieur (direction sous la planche et dès lors pas facile d’accès mais ça le regarde, direction jambes du propriétaire plus simplement) des enveloppes blanches (une trentaine) qui peinent à tenir debout car négligemment coincées entre la paroi de bois et un dérouleur de papier collant inoccupé à l’heure actuelle, donc fort mal soutenues d’un côté (c’était prévisible), deux plumiers noirs bourrés de feutres, bics, crayons, marqueurs, gommes comme un bon élève se doit d’avoir, des carnets de tailles et couleurs diverses, bleu, fushia, vert, noir, certains vides (espoir d’avoir des projets) d’autres remplis de notes, croquis, remarques, commentaires (des projets concrétisés), et clouée à gauche sur une tablette à roulettes (elle-même bricolée pour être stable) qui sert essentiellement à supporter des plantes (treize pots), petits cactus, tombantes ou à larges feuilles, toutes de nom inconnu - et c’est peu dire que la plus grande devient clairsemée, aurait-elle une maladie - d’autres plantes d’envergure modeste se retrouvant sur le front de la table de travail, contre le mur qui surplombe un chauffage (peu utilisé, un autre dans la pièce faisant son office à suffisance) judicieusement disposées sur un montage de caisses en bois à nouveau, l’une ayant contenu une bouteille de Cognac (à peine bue et assignée désormais en cuisine), une autre étant un vieux classement pour fiches de carton en position debout (souvenir paternel et cela semble important) et enfin une caisse de vin rebelote (Château Croix du Casse, Pomerol, 1986, c’est comme ça). Certaines de ces plantes ont un cache-pot, qui bordeaux, qui brun terre, qui noir à arabesques turquoises, glanés sur des poubelles la plupart du temps mais également une petite casserole rouge qui a beaucoup plu à Philippe Girault-Daussan d’après ce qu’on a pu lire dans un commentaire sur Facebook. Derrière les plantes se plante (pourquoi pas) plutôt sur la gauche un miroir tout piqué aux formes sensuelles (encore une acquisition un soir de poubelles) au pied duquel on trouve un soleil doré d’une vingtaine de centimètres de diamètre, venu on ne sait plus d’où et ça n’a pas grande importance, un autre miroir plus petit et vertical, sans doute marocain parce qu’un encadrement métallique doré (mais rien ne l’atteste et c’est peut-être péruvien) qui fait pâle figure entre ses grands frères, disparaissant presque derrière deux tentatives de faire pousser des noyaux d’avocats, initiatives probantes pour l’instant, bien que l’une des deux souffre de taches brunes au bout des feuilles, une explication à trouver nécessairement. Trois cartes postales forment d’intéressantes pauses graphiques dans cet ensemble de chlorophylle : une photo de Jean Genet à New-York, noir et blanc, Genet étant légèrement penché vers l’avant (il est beau, plus trop jeune), un dessin représentant deux mantes religieuses qui discutent le coup au-dessus d’une phrase en anglais trop loin pour arriver à la lire et une jolie composition pleine de couleurs sous le titre New-Yorker. Cette dernière carte a le coin inférieur gauche rongé par la terre humide qui entoure un des noyaux d’avocat. Avant d’en arriver au plan horizontal en bois clair, relevons dans la caisse de Pomerol 1986 une série de livres et pages reliées par des anneaux en spirale où on découvre les noms de Georges Perec (trois fois : Espèces d’espaces, La vie mode d’emploi et L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation), Annie Ernaux (deux fois : Regarde les lumières mon amour et Les années), Hubert Haddad (deux fois : Le nouveau magasin d’écriture et Le nouveau nouveau magasin d’écriture), Thomas Clerc (une fois : Intérieur), plusieurs fascicules encore (et notamment Ateliers d’écriture auprès de personnes fragilisées, édité par le réseau Kalame), et ce n’est pas rien, Candide, nom que l’on trouve aussi sur un carnet noir posé sur le plan, on y reviendra. A cette bibliothèque réduite, le propriétaire se consacre régulièrement et à toute heure du jour, on l’observe passer de l’écran aux livres derrière l’écran, rêvassant à la lumière de la fenêtre qui ouvre sur la gauche de l’ensemble dont question ici. Des câbles qui ressemblent à de piètres casques sonores, un chargeur téléphone avec sortie usb et quelques crayons et feutres occupent un pot à motifs bleus qui finit la partie murale de la table de travail. Posés sur cette planche au nom de table (un bricolage récent c’est indubitable) deux baffles en plastique gris destinés à améliorer le son venu de l’ordinateur mais s’étant révélés plus insupportables encore, on ne les utilise plus, on suppose que les voilà en attente d’être jetés un de ces prochains jours. A gauche de l’ordinateur portable, quel euphémisme pour un encombrant modèle en pathétique plastique noir d’origine chinoise, dont l’achat est regretté amèrement tant se révèle fastidieux le déplacement de la machine (projet d’acquisition légère taraude le propriétaire qui attend sans doute des finances plus ensoleillées), gisent quatre carnets noirs d’épaisseurs inégales, l’un porte la mention (sur la tranche) de Cour Intérieure et y logent des notes sur le travail théâtral de proximité, un autre Carnet 2 (toujours sur la tranche) ayant pour fonction l’écriture manuelle qui chatouille des fois, un troisième celle de Candide (on le savait et est-ce besoin de préciser sur ce qui y est écrit quand on sait que l’oeuvre de Voltaire est à quelques centimètres à peine) et le dernier aucune mention tant il est fin et abîmé (probablement que des séjours en poche lui ont fait la vie dure). Devant le quatuor de carnets et voisins des plantes mentionnées plus tôt, un tas (pas d’autre mot) de papiers dont les premiers visibles comportent des lignes rouges, des cases, des codes, une enveloppe brune et un mode d’emploi terne qui affiche Exercice d’imposition 2016 (piètre titre pour une oeuvre). Sur ces papiers non désirés s’appuie un ancien lecteur dvd blanc et noir de marque Panasonic, qui a bien servi lors des trajets en vacances quand les enfants s’impatientaient du temps infini pour rejoindre la région de Cahors tant aimée. Rien d’autre à gauche donc passons à droite du matériel informatique décevant et observons un globe terrestre lumineux, identique à celui de la chambre d’enfant, vestige d’une réalisation théâtrale qui vit une oeuvre de Jules Verne adaptée sur scène et son titre inutile de le citer, l’image est claire. Il se tient sur le coin supérieur droit de la planche/table quand on regarde d’en haut (pas inutile de resituer dans l’espace, on s’y perdrait) et sa lumière éclaire un pot jaune qui contient encore une plante aux petites feuilles grasses. C’est là que les plus futés remarquent caché par le pot un Stabilo Boss orange comme certains pays sur le globe, joli rappel somme toute. Un porte-mine noir accolé à un mince bloc de post-it jaunes, lui-même menant à un grand cahier noir ouvert sur une page qui voit deux noms affublés de numéros de téléphones portables (des personnes à appeler ou peut-être est-ce déjà fait, ça le regarde) et une carte postale représentant un trompettiste devant des têtes en contre-jour (et mention suivante : Vos bons plans de sorties sur culture.lozère.fr) complètent la description de cette table de travail. On sent bien que le tout hésite entre jardin d’hiver et bureau improvisé mais de toute évidence du temps est passé là et quand le propriétaire accueille une présence comme la mienne sur ses genoux, le boulot avance mieux, ceci dit sans prétention.



2 commentaires:

  1. Ah ah...j'aime bien voir mon nom dans le journal !! je vais bientôt y aller de mon petit texte, mais j'ai super le trac !!

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    1. Oui, faut se lancer, exercice superbe, ai pris grand plaisir

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