lundi 18 juillet 2016

Nécessité de l'autobiographie.






Bureau du jour.
Ecrire "les bouvreuils sautillent sur les branches recouvertes de givre."
Maxime Gorki, enfant, s'évade dans sa fascination pour le chant des oiseaux. Dans la Russie enneigée, bouvreuils, serins, chardonnerets tentent de l'emmener vers la gaieté et la lumière. Mais la violence du cadre familial prend le dessus. "Plus tard, j'ai compris que les Russes dont la vie est morne et misérable, trouvent dans leurs chagrins une distraction. Comme des enfants, ils jouent avec leurs malheurs dont ils n'éprouvent aucune honte. Dans la monotonie de la vie quotidienne, le malheur lui-même est une fête et l'incendie un divertissement. Sur un visage insignifiant, même une égratignure semble un ornement."
Aujourd'hui, jour de grande luminosité à l'orée d'une forêt belge, mon reflet en conséquence sur l'écran de l'ordinateur me ramène à ma solitude d'enfant. Il fait chaud déjà au lever du jour. Plus l'habitude d'une telle densité lumineuse. A converser avec Maxime Gorki depuis des semaines et plus densément depuis dix jours, l'écriture se fait reflet, miroir, écho, et la commande de ce travail se mue en projet personnel. Ce lieu où j'ai choisi de revenir quarante ans après l'avoir découvert, cette parcelle d'un are seulement où une caravane modeste me tient lieu de cabanon, parcelle voisine d'une prairie où gambadent trois superbes chevaux, devient ces jours-ci le champ de l'enfance qui s'interroge ou plutôt de l'adulte qui revient sur son enfance au travers de celle d'un écrivain russe né près d'un siècle plus tôt.
Dans la préface de l'édition Folio, on lit que Maxime Gorki a commencé très tôt à s'interroger sur lui-même. Il voulait découvrir le sens qu'avait son existence. La présence, voire la nécessité de l'autobiographie s'est imposée rapidement. En 1893,  âgé de vingt-cinq ans, il rédige la note suivante: "Exposé des pensées et des faits dont l'action réciproque a déterminé le dessèchement des meilleurs morceaux de mon cœur. L'an 1868, le 16 du mois de mars, à 2 heures de la nuit, par suite de la prédilection qu'elle a pour les mauvaises plaisanteries ainsi que pour compléter la somme des absurdités qu'elle a commises à diverses époques, la nature me fit naître d'un trait de pinceau objectif. En dépit de l'importance de ce fait, je n'en garde aucun souvenir personnel, mais grand-mère m'a dit que dès que me fut conféré l'esprit humain, je poussai un cri. Je veux croire que ce fut un cri d'indignation et de protestation."
Moi aussi.












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