samedi 20 mai 2017

Voyage à l'intérieur de ma cour / 3



Je mange des fleurs. Avec un peu de culpabilité quelque fois. Quand je me suis mis à m'intéresser aux plantes comestibles et que j'ai découvert l'impressionnante quantité de ce qui se mange à même les chemins et les sous-bois, j'ai eu plus de réticences avec les fleurs. Croquer une racine de carotte sauvage, ajouter dans les salades des feuilles de pissenlits, concocter un pesto à l'ail des ours, rouler une feuille d'ortie pour en casser les poils urticants et la déguster sur le champ, tout ça  je le fais avec un plaisir léger de Robinson des temps modernes. Mais pour les fleurs, il y a comme une gêne à engloutir tant de délicate composition, comme une honte à massacrer chaque petite sculpture colorée pour satisfaire mon besoin de consommer sans intermédiaire les bienfaits de la nature.
En avril,  les fleurs de ciboulette apparaissent et viennent me provoquer sous mes fenêtres. D'abord contenues dans un bouton violet ou bleu lavande, elles finissent par éclater et déploient avec générosité des dizaines de petits pétales tournés vers le monde. Il suffit alors que je traverse la cour pour être irrémédiablement attiré par cette offrande. Un instant, je savoure la beauté de la fleur mais stimulé par sa saveur délicieusement piquante (mais plus douce que celle de l'échalote ou de l'oignon) je range ma culpabilité au fond de ma poche, je coupe la fleur et la croque d'un coup sans attendre.
Et c'est bon, simplement bon.


1 commentaire:

  1. Parfois, la vie est tout simplement faite pour se faire du bien ! Merci de nous le rappeler.

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