mercredi 7 juin 2017

Carnets d'un temps inconnu / 07-06-2017


Hier.

- non on a demandé une chambre double
- ah bon, ici je vois chambre seule attendez


Les murs sont d'un bleu vif frigorifique, une horloge, une autre patiente tousse tousse tousse.


- nous n'avons pas de chambre double disponible
- et pour la facturation
- ne vous inquiétez pas installez vous dans la 24
- il n'y a pas d'oreiller
- ah oui je vais voir s'il reste des oreillers

Ainsi de suite jusqu'à atterrir en chambre 10.






Plus tard, les brancardiers se tromperont de service. Puis pour retourner dans le bon service, il n'y aura plus de brancardiers disponibles. Tout cela est rassurant.

Les deux prochaines années: consultation tous les quatre mois.
Les trois années suivantes : consultation tous les six mois.

Ramener de l'eau et des serviettes de bain. C'est pas l'hôtel ici. On a tendance à l'oublier.

Être inquiet pour l'autre, moins penser à soi.

Gérer fragilités, angoisses subites, pensées irrationnelles.

Dans Derborence de Ramuz, les sons, les voix, ce qu'on entend ou n'entend pas, ce qu'on identifie ou croit identifier, le drame arrive par le bruit lointain, improbable, sourd, un orage  démesuré, une montagne qui s'écroule. Le bruit et le silence, les voix et les cris, l'écoute et l'inquiétude, la crainte et le fantasme.

Ici l'hôpital s'anime dans toutes les langues, il y a un tel mélange de communautés qui viennent se faire soigner, ça se heurte quelque fois à l'accueil, à l'admission, dans les couloirs.



L'hôpital est une cité au cœur de la cité. Celui-ci, qui fait 18 hectares et ne voit pratiquement aucun bâtiment de plus de deux étages, l'est d'autant plus avec ses allées bordées d'arbres et ses pavillons somme toute assez beaux, conçus par Victor Horta.

L'hôpital vit en ville.


Il bat.


On s'y bat contre l'injuste qui a visage différent pour chacun.


Aujourd'hui.

Le premier pas est fait. Cela s'appelle une intervention.

- on voudrait un deuxième oreiller s'il vous plaît
- oh ça, les oreillers, parfois il n'y en a pas du tout

Ce fut la réponse de Marie-Thérèse.

4 commentaires:

  1. Courage, je veux dire cœur à l'ouvrage

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  2. C'est mon hôpital aussi pour le suivi, tous les ans si la bête se tient à distance…

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    1. Ah mince, c'te bête omniprésente. Moi vais à Bordet.

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