dimanche 2 juillet 2017

Carnets d'un temps inconnu / 02-07-2017

Sous quel libellé placer l'écriture? Dans quel case? Alors que les instants comprimés de la vie contiennent chacun de ces libellés, que chaque moment vécu influe sur les suivants, que chaque parole échangée se place dans un continuum de paroles parfois interchangeables. La semaine fut une salade composée dont la fabrication m'a échappé. Le goût en fut parfois piquant (à l'excès) ou inconnu (s'habituer à).

Il est 7h10. Réveillé avec un mal de crâne à 6h26.  Pauvre petit verre et demi de vin naturel bu hier soir. Si même le vin sans sulfite m'explose la caboche, je suis juste bon à ingurgiter un choix de tisanes entre le lever et le coucher et espérer que la verveine et la cannelle épargnent mon fronton. Passage infernal des avions en cette aube dominicale mais bruyante.

Il pleuvine sur le parasol noir, la fraîcheur inciterait à regagner l'intérieur mais le besoin d'air est tel. Regardé un de ces soirs un reportage sur l'Aveyron pour m'évader de la cité qui m'oppresse. L'Aveyron parce que proposition d'y venir de la part de Philippe Girault-Daussan et grandement touché par cette proposition. Impossible cet été cependant, premier été depuis longtemps où je n'irai probablement pas en France. En lieu et place, je ne cesse de faire revenir quelques images connues de lieux que j'affectionne. Des chemins entre murets de pierres dans le Lot, un élevage de chèvre au milieu des châtaigniers dans les Cévennes, un plage déserte où je lisais l'an dernier dans le Cotentin.

La proposition de François Bon de participer au Livre à venir me questionne. Ai-je un projet de publication? Un travail en cours dont la cohérence et l'intérêt soit suffisamment solides que pour tenter un éditeur. Je n'en sais rien, je n'ai que des bribes d'écritures, des fragments éparpillés sur mon bureau comme dans ma tête. Pourtant, il y a bien un souhait d'en arriver un jour à l'objet livre.
Ce que je dépose ici sur le blog est souvent stimulé par le blog lui-même. J'écris rapidement, sans trop relire, je publie, c'est cette possibilité immédiate qui m'ôte tout complexe et m'oblige à lâcher. En même temps, voir réunis des fragments ne me gênerait pas, au contraire je suis devenu lecteur de textes courts et hybrides bien plus que de roman. Donc quoi? Que proposer à François?

L'autre soir, le plus grand des gamins, 20 ans au compteur, partait avec sa tente et son sac de couchage pour assister à un grand festival de rock. Il faisait ses bagages, il avait été bien malade la veille, une grosse poussée de fièvre et le médecin avait diagnostiqué un virus, mais lequel, ça allait passer, médicaments de circonstance. Il m'a dit au revoir vers 20h, il allait à l'anniversaire d'un copain avant de regagner ses potes pour le festival. Comme il m'avait annoncé quelques jours plus tôt qu'en septembre, il se mettrait en colocation avec un copain, que durant la période de l'été où il est censé être chez moi, il ferait l'intendance pour des camps scouts et ne serait donc pas avec nous (son petit frère et moi), j'ai réalisé que le trio masculin que nous formions sous le même toit depuis 14 ans se réduirait désormais à un duo et que, partant pour son festival, il quittait en fait la maison ce soir-là. J'ai bu une bière j'avoue, parce que quand même c'est une claque, en douceur, mais profondeur.

Une semaine sans hôpital.
Une semaine sous la pluie.

Une semaine à sauter d'une lecture à l'autre. Annie Ernaux, Thomas Vinau, Christophe Sanchez, Fred Vargas (oui oui) les blogs, Eric Chevillard, Perrine Le Querrec, Jean-Yves Fick, Marlen Sauvage.




Visité le foyer pour sans-abris où on nous a demandé de jouer en novembre prochain. Grand écart à jouer quelques fois dans les salons bourgeois et puis là pour amener un moment de quoi, évasion, détente, parenthèse à des personnes foudroyées par la violence du contemporain. Il y aura des jeunes, des vieux, des gamins. Après la représentation, ils auront droit à un repas donné dans la station de métro voisine.
Rencontré donc Samira qui s'occupe quasi seule de ce foyer. Quelle énergie cette femme. Je ne la connais pas mais l'admire dans l'instant. Avant de partir, une vieille femme attablée seule marmonne qu'elle viendra voir le théâtre bien sûr elle aime bien le théâtre bien sûr c'est quand un dimanche à 17h alors ça va. Elle sourit de quelques maigres dents.

Après cette visite, vu au cinéma le documentaire sur David Lynch. Fascinant. Aucun culte de la personne chez moi pour Lynch mais une réelle fascination pour son cinéma et sa peinture (vu l'expo à la Fondation Cartier il y a presque dix ans). Le gamin de 14 ans a envie de découvrir Twin Peaks cet été. Et moi de le revoir encore et encore, ça tombe bien. Sa curiosité m'émeut.

Le livre à venir, ce serait reprendre le "Journal du Tribunal", changer le nom glacial. "Le gamin au centre du labyrinthe" conviendrait car la situation est bien celle-là.
Vécu un nouvel épisode cette semaine puisque ce gamin échoue son année et qu'il faut bien investiguer dans les raisons et affronter l'aveuglement et le déni du côté adverse.
Oserai-je aller au bout de cette entreprise et écrire sur ces onze années de sidération, onze années qui deviendront douze, treize, quatorze tant qu'il n'aura pas atteint sa majorité et qu'il faudra composer avec l'adversité destructrice d'une mère toxique.
Le mot est brutal. Bien en deçà de la violence subie par lui, par nous.

Envie de poisson pour ce soir. Vais aller au marché sous un ciel pesant qui annonce que nous serons arrosés une bonne partie de la journée.

On passe son temps à être arrosé et à chercher les moyens de rester au sec.

Au chaud.

Je redis ici combien l'amitié reçue ces jours derniers de quelques auteurs me revigore. Y aurait-t-il une fraternité vraie née de (dans) la toile? Je le crois, je le sens, je l'espère.

J'écris en m'appuyant sur cette fraternité.




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