vendredi 22 janvier 2021

Journal jusqu'au jour où... 3




 



Et tu les coupes en tranches
Point d’interrogation
Et tu retires les pépins
Point d’interrogation
Et on peut manger les pépins Et on met du sel pour dégorger Dans une poêle Avec de l’huile
Combien de temps
Tout désormais se pointe en interrogation(s)
 
Tes cernes en point d’interrogation
Tes mains crevassées en 
Tes cheveux clairsemant leurs souvenirs en
Tes allers-retours salon chambre salle de bain chambre bureau cuisine salon cuisine chambre wc salle de bain cuisine wc bureau wc en

Tes papiers mémos griffonnés ordonnés désordonnés se confondant en excuses devant tes égarements
Tes yeux cherchant des rendez-vous imaginaires
Tes torchons séchant à l’air clos de l’hiver
Tes cartons usagés se pliant à ta perte de volonté
 
Tes volontés plus à faire ni à espérer ni à anticiper ni à satisfaire
 
Et des boîtes de mouchoirs
Ah tu as déjà fait les courses
Ne sors pas pour moi
Excuse-moi de t’avoir dérangé
 
Si tu m’avais un jour
 
Points de suspension



jeudi 21 janvier 2021

Journal jusqu'au jour où... 2



 



Passe ton temps
Passe ton visage
 
Penche
Penchée toute
Plus penchée que le temps
 
Plus à faire
Plus d’affaires
Plus rien à faire
 
Passe mon temps
Passe ton visage
 
Et que s’oublie l’écart
Et la joie jamais atteinte
 
Et que s’oublie le vent traître
Et le jamais-dire
 
Et que s’oublient les cris
Et que verse l’encre
 
Passe mon temps
Passent nos visages
 
Et que
Et que
Et que
 
Epanche moi
Une dernière toi



dimanche 17 janvier 2021

Journal jusqu'au jour où... 1

 




Tu pars
Tu vas partir

Tu le sais
 
Tu lui parles
Tu demandes l’heure
Le jour
L’instant
Histoire de prévoir
Ce que tu ne verras pas
 
A elle tu lui parles
Tu dis
Ce que tu as à dire
Tu pries
A ta manière
 
Tes bribes
Tes petits pas
Tes déséquilibres
Tes lèvres sèches
Tes yeux comme de la gélatine
Tes crevasses
Tes oublis
Tes mémos
Tes heures sans mots
 
Tu pars
Tu me pars

Tu me demandes l’heure
Le jour où le jour
Où nous sommes
Où nous allons
Où nous avons été
 
 
Tu me
Tu vas me partir
 
Un demain qui s’annonce

Qu'avons-nous été



mercredi 19 février 2020

Si crues fictions / 91 - 100







91

pétrir ses bonnes intentions jusqu'à la corde
malaxa-t-il
puis il amidonna ses dernières années pour une conservation optimale


92

au spectacle de l’épouvante de soi
se condamna-t-il
puis il érigea un tribunal d’argile pour tout éponger


93

le désenchantement n'a plus d'oreilles coquines
ouït-il
puis il cloisonna ici un conduit inusité
là une trompe oubliée 
plus loin une poche nécrosée


94

ne rien fêter qui ne soit intimement ressenti
s'emballa-t-il
puis il acheta le premier cadeau venu pour la première venue


95

n’être pas de son époque quel talent
cabotina-t-il
puis il salua avec panache les manquements de sa mémoire


96

un sol vierge est à quai
transborda-t-il
puis il ôta la passerelle éclairant l'ancien monde


97

l’inavouable gît au bord des yeux
sourcilla-t-il
puis il enfouit son sommeil à la densité de ses larmes


98

la perspective se rétrécit à vue de pied
tâtonna-t-il
puis il s’engouffra prudemment dans l’exigu et le béant


99

le monde se goinfre de sa propre indigestion
dégobilla-t-il
puis il instaura le déni obligatoire comme religion ultime


100

nous stabiliserons nos fragilités vacillantes
rééquilibra-t-il
puis il inclina l’axe de son corps sur celui de son âme




lundi 30 décembre 2019

Poèmes fondus / 88







viennent les chasseurs

d’abris rapides en bosquets
marchandise
du village gibier aussi
la petite s’agite
tombe
s’agite tombe

viennent les

l’automne qui cliquette
sur la petite 
se replie
de monotonie ferme et fraîche

viennent

en trombe en vent
sur
la petite en vue

à l’écart de 
la plaine
sur qui tombe la perte

c’est par l’au-delà
et seule
que la petite
passe de musique à nuit










dimanche 24 novembre 2019

Poèmes fondus / 87





il

c’est un esprit échappé
grotesque
sans force sans faiblesse sans secret reculé

sans le terrible et le sombre qu’il lui faudrait confier si
il
empêché de tout dire
vaincue toute volonté de
vie

parfois
peins lui la route où le beau le cherche
peins lui la maison qu’il arpenterait si
peins lui l’impossibilité
le vrai intensément
longuement

si
à être tel
il travaille

il n’existe








vendredi 4 octobre 2019

Poèmes fondus / 86








des envies effacées en flocons
du foin ratatiné aux angles
un linge moisi à la machette

la pupille paresseuse
elle se permet un croquis d’ hiver
brodé de vide

elle compose une lumière bleue accidentelle
indescriptible et enfouie
sans autour

dans la sciure d’elle-même

ensuite encore
chaque année son histoire recroquevillée

le vieil œil refermé sur l’à moitié du visage