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dimanche 28 mai 2017

L'attente / 25



ou
on ne sait comment demain advient commence le jour qui succède à la nuit étirée
ou
on a oublié quelles furent les premières pensées comment on a marché juste après droit ou pas droit
ou
on a pas cherché les mots parce qu'on n'a pas osé les chercher plus loin qu'au bout du souffle coupé

ou
on a craint les heures minutes à occuper sans bien réaliser imaginer oser imaginer même le pire

ou
on a fait à manger le cœur distrait la main ailleurs le regard gros
ou
on a tant fixé l'écran sans rien comprendre à ce méli-mélo de témoignages vrais faux

ou
on s'est pris la main plus que d'habitude ou autrement ou si tendrement dans le soleil pesant
ou
on a réalisé qu'on parlait par clichés si justes qu'on en a ri pas longtemps ou juste souri
ou

ou
on voudrait sauter si haut retomber la tête dans la terre qu'on aime à s'en boucher les oreilles
ou
on voudrait nager à contre courant n'avoir besoin que de soi pour tenir deux toujours


ou



on n'a rien compris sur l'instant ni plus tard ni encore maintenant ni demain ni à l'avenir incertain

ou
comment taire ou dire ou cacher ou pourquoi

ou oui sans doute qu'on va attendre
puis ne plus attendre
puis décider
puis agir
puis résister
puis attendre le cadeau de la vie


vendredi 26 mai 2017

L'attente / 24



24 comme 24 heures dans une journée, comme Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig dont lecture achevée ce matin (ce Zweig quand même, quel art de dire et redire la pulsion, le vertige, l'irrationnel).
24 comme le jour où publiée L'attente 23.

On peut continuer comme ça à n'écrire rien sur rien de vraiment intéressant sur rien qui vaille la peine qu'on a sur rien qui occupe tant l'esprit et les tendons sur rien rien rien.

Aujourd'hui, le 26, attendre le 29 où précisions et décisions seront données formulées prises lancées. Un branle-bas de combat en somme.

Sommes-nous des bêtes de somme?

Indéfiniment?



Attendre que l'écriture prenne en charge tout ce poids?

Ecrire sur sa petite cour?
Sur sa caravane?
Sur ces projets, tous stoppés net?
Sur ce poste d'enseignant qu'on va te refuser dans quelques jours (probablement) parce que tu ne corresponds pas au modèle du prof de théâtre classique (ta gueule l'écriture l'atelier la recherche la pratique avant la théorie la diversité de ton parcours que tu as dû justifier comme un boulet  inclassable stop)

Ecrire sur soi?
Pour soi?

Pour rappeler le cœur flippant de la vie?

Publier? Facebooker? Blogger?
Quel libellé?

L'attente?

Journal?

Moi moi moi?

Bordel?


ou

Correction des épreuves?




Dans la face les épreuves et pile le reste. 


https://www.youtube.com/watch?v=SY8j9c3iO5s



samedi 29 avril 2017

Voyage avec Stevenson dans les Cévennes 2.



Thym, origan, mélisse citronnée. On ne s'est pas privé de cueillir sur les chemins entre Vialas et Florac, ces trésors qui sortent de la terre cévenole. On ne s'est pas privé non plus, dans le temps réduit de notre présence (3 nuits), de respirer largement en grimpant le chemin tout en lacet qui serpente au-dessus de la maison où nous logeons. Immense bâtisse constituée de trois entités en somme, que des copains retapent quand ils le peuvent, héritage familial impressionnant dont les premières pierres datent du 17ème siècle selon ce qu'on voit gravé sur un mur (photo ci-dessous). Comme le temps est au bleu, on sera à l'extérieur tant qu'on peut. En arrivant le premier soir, venant de Montluçon dont nous n'aurons vu qu'une chambre d'hôtel et un restaurant joliment désuet, on s'est arrêté au Pont-de-Monvert et là, tombant nez à nez sur une affiche qui annonce le spectacle du lendemain, on a senti la pression monter. Pont-de-Montvert est pour moi synonyme de Raymond Depardon. Dans sa trilogie paysanne dont j'avais justement revu les deux premiers épisodes pour occuper ma grippe de début avril, Depardon part à la rencontre de ces paysans isolés et oubliés au bout des chemins arides. A chaque vision des films, je m'attache un peu plus à ces deux vieux frères, l'un cocasse, l'autre bouleversant qui vivent sur les hauteurs du Pont-de-Montvert. Emotion singulière d'être quasiment sur les lieux du tournage et de porter le regard vers les collines et plateaux découverts d'abord par le film.



Le lendemain en question, nous sommes partis investir le lieu où je jouerai. Mazette, punaise et purée réunies... Quel endroit mon ami! Pour nous qui jouons un autre spectacle au départ du Adam et Eve de Mark Twain, ce fut comme débarquer dans le jardin d'Eden. Tout au bout d'un chemin rocailleux, à flan de colline, un mas, une ferme fortifiée datant du 16ème cette fois, qui est tout à la fois un gîte (même trois) et plusieurs corps d'habitation avec une vue comme je n'ai même pas imaginé que ce fut possible. Hans et Eva, hollandais bons vivants nous ont reçu avec une simplicité toute terrienne. Le genre d'endroit dont tu te dis c'est bon, voilà, je reste là je téléphone aux enfants ils n'ont qu'à prendre le train on va vivre là on va leur sous-louer une mansarde à nos hôtes hollandais et c'est bon on ira à la pêche dans la rivière en bas on bouffera des châtaignes sous toutes les formes confiture purée compote grillées crues même les bogues on les avalera tant tout cela est beau à pleurer.


jeudi 20 avril 2017

Voyage avec Stevenson dans les Cévennes 1



Evidemment c'est une grande joie de partir raconter l'histoire tragique du docteur Jekyll et de son double dans les Cévennes. Nos amis à Vialas qui nous invitent à jouer dans leur patelin (ce sera devant la belle cheminée d'une vieille demeure, atmosphère atmosphère...) nous accueillent pour deux jours dans leur paradis à flanc de colline avec vue sur des arbres des arbres et des arbres. Tout ce qu'il me faut. Nous avons découvert le coin il y a deux ans et de toutes les régions de France parcourues en un demi siècle, celle-ci correspond à mon tempérament.
Je n'aime pas rouler, faire de la bagnole me bousille ce qui me sert de dos et nous ferons deux jours de trajets à l'aller comme au retour. Deux mille kilomètres pour une représentation. Une folie sans doute fatigante mais jouer Stevenson dans les Cévennes, ça ne se refuse pas! Fin d'après-midi, nous arrivons à hauteur de Bourges. Jamais vu cette ville, on y entre, déjà accueilli au péage par des nuées de gendarmes  qui fouillent et contrôlent à qui mieux mieux. Mais pas nous, ma bonne tête de docteur londonien inspirant sans doute confiance. Arrivés dans le centre, des flics partout et on comprend mais trop tard qu'on tombe en plein Printemps de Bourges et que de chambre d'hôtel il n'y en a point pour nous. Accrochés au Wifi d'un bar, on se met en quête d'une chambre en (plus petite) ville et la prochaine sera Montluçon... On trouve à 39 euros en face de la gare à l'hôtel Le Faisan. Un monsieur charmant au téléphone mais tout de même, à ce prix-là, en face de la gare, je ne donne pas cher de la qualité du matelas.



Passer la soirée à Montluçon, ville étape, ce sera s'installer à l'hôtel: chambre simple et propre, mieux que dans un Kyriad ou autre. L'escalier qui mène au deuxième est joyeusement tordu et recouvert de moquette rouge. Le restaurant de l'établissement est fermé, des problèmes de santé nous dit le patron qui semble bien seul en son royaume. Nous traverserons la rue pour manger dans un autre hôtel, trois étoiles s'il vous plaît, au décor improbable jaune et beige, tout droit sorti du début des années 80, avec un serveur pour s'occuper de tous, une table investie par ce qui ressemble à une réunion de représentants de commerces ou cadres d'entreprise en goguette. Tout est correctement désuet dans cet ensemble et au final très dépaysant. Nous mangerons correctement, sans plus malgré les noms ronflants donnés à chaque plat du menu. On connaît ça. Revenus au Faisan, il restera à s'effondrer jusqu'à six heures du matin, heure à laquelle le décor de carton pâte a laissé entendre les premiers commis voyageurs sur le départ peu soucieux de discrétion, merci les gars.
L'heure est au café. A plus...




mardi 14 mars 2017

Jamais parfois






il n'y a pas d'habitude de ça
pas d'habitude qui vaille
pas une once d'habitude qui sauve le jour figé
pas une seconde qui repose le ventre

il n'y a pas d'habitude de ça jamais
pas d'habitude qui console jamais
pas un instant de calme qui apaise des voix envolées
pas un fragment de capitulation devant l'arrachement jamais

il n'y a pas d'habitude de ça jamais dans le corps
pas d'habitude qui élargirait les poumons
pas un organe qui se relâcherait quelque part dans le corps
pas un muscle tendon ligament qui se détendraient dans le corps jamais

il n'y a pas d'habitude

il y a être hagard
il y a être hébété
il y a être stupide
il y a être désolé
il y a être un corps
il y a être et n'être plus jamais parfois

et puis

ça passe
part quelque part
avant de revenir

dimanche 19 février 2017

Sans doute rien d'autre à dire pour le moment.


imagesUMX2DJ98.jpg

Gavage des réseaux, temps perdu à faire défiler fil d'actualité, impression de (re)voir sempiternellement le même contenu. Incompréhension devant niaiseries prétentieuses des commentaires. J'ai encore demandé à Mr Facebook de ne plus suivre tel ou tel. Quel intérêt alors de rester en ces lieux d'amitiés bleues? Aucune réponse ce matin, mais souvenir d'impressions semblables il y a deux ans suite à l'attentat à Charlie Hebdo.
Je republie ce texte paru le 28 janvier 2015 sur l'ancien blog.
Je n'ai sans doute rien d'autre à dire pour le moment.


Une critique sort dans un canard.
Le papier est republié sur le net.
Des commentaires sur la critique fusent.
Des avis sur les commentaires sur la critique sont émis.
Des critiques sur les avis émis sur les commentaires qui ont fusé au sujet du papier republié au départ du canard se font jour.
Des commentaires avisés et très critiques défilent sur l'écran bleu de nos heures sombres.
Chacun, plus journaleux et informé que les mieux informés des journaleux, y va de sa critique outrée sur les propos malavisés et mal-commentés par d'autres mal-informés et mal-troudecultés.
Chacun, de sa haute opinion, toujours plus libre et fine que celle du voisin, publie et republie sur sa page opiniâtre la critique de la critique de la critique et en perd la raison.
Le déroulé des commentaires et des avis sur les commentaires s'accélère et, tel un 14 ou 21 juillet, défilent sous nos yeux les bataillons de penseurs, les régiments d'analystes, les blindés de la droiture et les mirages de la gauchitude.
Le canard a été mis à toutes les sauces, tranché, ligoté, publié, tailladé, saigné, dépublié, vidé, bourré, republié, engraissé et nous voilà gavés.
Cabu, dessine-nous un canard.


dimanche 15 janvier 2017

L'attente / 15. A treize ans.



j'attends le blanc
le blanc est ailleurs pas loin à portée de jambe de course de décision
j'attends les sols figés les paysages unifiés les manteaux de repos
le repos où se perdre se laver se renaître

s'être inquiété s'être demandé s'être questionné s'être révolté

j'attends la marche
la marche est ailleurs pas loin au-dessus au-dedans au-delà
j'attends les nuées de songes dérives mystères secrets
les secrets où s'étourdir se réfugier se confondre

s'être trompé s'être fourvoyé s'être égaré s'être plumé

j'attends de revoir la nappe blanche sans craindre son éboulement écoulement étouffement
j'attends de revoir la nappe blanche sans craindre
j'attends de revoir la nappe blanche

sans oublier


s'être tu caché
s'être mal vécu



j'attends le blanc où mes pas craqueraient
à nouveau






mourir à treize ans


blanc









lundi 19 décembre 2016

Un monde étriqué.



récemment à mon oreille, tu as un problème avec l'alcool

et avec Noël, avec le bruit, avec les groupes, avec l'obligation de boire comme tout le monde, avec l'obligation de m'amuser comme tout le monde, au même moment, de la même manière

avec l'obligation

ca veut dire quoi s'amuser

le regard incrédule ou offusqué de celui ou celle qui s'entend dire par moi que non je ne viendrai pas à ce réveillon ou cette sortie, que non je ne le sens pas, sachant fort bien le déroulé alcoolisé de la soirée et l'isolement qui sera le mien à ne pas embrayer dans le mouvement collectif

m'a réveillé à 6h45 cette humeur, après 4 petites heures de sommeil

très sérieusement, mes oreilles ont bondi l'autre jour lorsque, tout aussi sérieusement, les mots si tu ne viens pas, je serai réellement choquée m'ont été jetés manu militari à la face, pas une once d'humour ou de second degré, non une flèche décochée à la seconde de mon refus

me donne juste envie de trouver mon lac Walden

non seulement, il me faudrait venir, mais encore manger (beaucoup), parler (de quoi, aucune conversation n'allant jamais très loin, entre qui veut encore du rosbeef/tu peux couper du pain/y a encore du vin), et pour traverser tout ça, boire des sulfites déguisés en bouteilles de vin

je n'ai jamais beaucoup bu
et n'y peux rien si
en prenant de la bouteille
deux gorgées de vin me broient déjà le crâne
et une bière d'abbaye me voit lourd le lendemain
(j'apprécie les premières gorgées)

dictature de ce qu'il faut faire et comment et à quelle date et du sourire à arborer et la joie d'être ensemble et s'enivrer et chercher un autre siège au retour des toilettes et se rendre utile en débarrassant les assiettes vides et arriver en cuisine ou ça cause aussi fort qu'à côté

suis-je malpoli, associal, méprisant, extraterrestre, ours de chez ours

suis-je libre

problème avec l'alcool, problème avec le groupe, problème avec le bruit

problème avec le rôle

finis par devenir un problème à moi tout seul il semblerait

pour qui

s'arrange pas en vieillissant lui

pas pour moi

le problème se situe où

chez moi

quand je me retrouve au milieu de plusieurs personnes qui parlent en même temps, de conversations croisées, mes oreilles crient au secours, mon cerveau bat la campagne, l'ensemble des mots prononcés produit un seul amas confus, une tornade, où je me noie

chez l'autre

l'entourage (qui ferait office de famille quand celle-ci n'existe pas) est exigeant, intolérant, inattentif, égocentrique, aveugle et sourd



causer avec une personne à la fois
là est mon plaisir
prendre le temps
se poser avec l'autre au bord du lac
contempler
laisser venir les pensées
ne pas se ruer sur les premiers mots

un peu de sens
au calme

sinon oui je mords
ou
je
fous
le
camp
au
bord
du
lac


JOYEUX NOEL


Je voyais un reportage sur cette femme qui vit en yourte près d'Alès et les soucis qu'on lui cause (la mairie) et le dérangement qu'elle semble occasionner à son voisinage qui ne tolère pas cet habitat autre.
Ma yourte imaginaire semble déranger aussi.
Dans quel petit monde étriqué vivons-nous...






lundi 12 décembre 2016

Fragments des dernières 24 heures



- la soirée en partie à regarder des buffles musqués dans le grand nord norvégien - qu'est-ce qui m'hypnotise dans ces documentaires dès qu'il s'agit de neige de nord de froid - la lecture de Jack London ces temps derniers - lecture de Thoreau et d'Emerson - après celle de Thomas Giraud qui a consacré son premier livre à l'enfance et l'adolescence d'Elisée Reclus - un lien à tout cela - nature où es-tu nature quand les heures sont passées à alimentairement ravaler sa fierté - ou à s'épuiser pour absence d'euros à brasser du Gorki - plaisir de la recherche - ce n'est pas rien - nature bruissement feuilles brume écorce mousses - ce n'est pas grand chose - ce m'est tout

- écoute d'une lecture de Ce qu'il faut de Corinne Lovera Vitali par Anne Savelli -  lecture tellement belle que volonté de l'acheter sur le champ - plusieurs tentatives de paiement par Visa avec un cadre rouge pour code erroné au final - quelle plaie ces pratiques numériques en strates de paiements sécurisés - j'arrive encore à lire des chiffres et à les retranscrire dans la bonne case - bien essayé de me faire passer pour un ours dépassé - ne tiendrait qu'à moi que cet argent si modeste je le donnerais directement et en main propre à Corinne Lovera Vitali - je rêve d'aller rémunérer les auteurs en direct live - oui et même de prendre le temps d'un café - tellement plus simple et humain - des auteurs naturels - sans sulfite ajouté - sans intermédiaire - vais faire la liste de ceux qui




- papa j'arrive pas à dormir - il est 23h40 mon bonhomme - ton examen de maths demain - mince - tu vas être crevé - tu veux dormir avec moi - la phrase qu'on n'ose plus prononcer à cet âge - le sien le mien - l'insomnie a quitté son corps qui s'apaise vers 1h du matin pour gagner le mien qui ne dort pas tant le souvenir des nuits passées à rassurer le petit - rassurer le grand - le vieux

- il part matinalement - le gamin au centre du labyrinthe - son nom dans les chapitres du Journal du Tribunal - il part sans fatigue apparente - moi oh moi - les cauchemars de la nuit et les coups de genoux du petit - 14 ans et tu l'appelles petit - assomment le vieux jusqu'à 8h30 - en retard de dépôt de comptabilité - demain non tant pis pas le courage d'affronter couloirs attente bureaux tronches de ronds de cuir à qui faudra justifier le retard - demain - procrastination coupable - si tu ne trouves pas une heure dans les bois tu deviendras fou - dis la voix




- une heure - un cadeau avec deux écureuils - un arbre à perruches - un faucon ou une buse - deux ânes - un train - des troncs coupés - des joggeurs - des images à la sauvette - marcher - marcher - même pas préparer la répétition de Gorki qui suivra - marcher entouré d'écureuils - les deux aperçus - et la sensation de tous les autres qui observent - une heure - une heure de pur bonheur - rien coûté

- bon... - on joue dans 5 jours... - bon... - on n'y est pas encore là... - bon - traverser des minutes de sidération complète - froid de canard - on grignote du chocolat et des noix de cajou - Gorki sors de cette scène - on s'y remet - ah voilà - voilà... - bon les gamins attendent - à demain - oui à demain - on y arrivait mais la responsabilité paternelle - maternelle - tous les rôles




- doute de 18h16 en pleine circulation, on nous a pas rappelé pour le test de demain mardi 18h sur les usagers du vélo - non ca veut dire qu'on n'est pas choisi - 40 euros pour deux heures - pas cette fois - à quoi ça tient - 40 euros à ravaler - l'argent a un sale goût

- reprendre le Journal du Tribunal - journal de 10 ans de vie - journal qui dirait pourquoi en être arrivé à chercher 40 euros - dodo





samedi 5 novembre 2016

Nature. Lecture. Ecriture.



Nature.
Lecture.
Ecriture.

En retard de tout partout oui.

Il me faut la nature comme nourriture quotidienne oui.
Il me faut la lecture comme expérience salutaire oui.
Il me faut l'écriture comme chemin d'oxygène oui.

Dans une journée, tout faire pour opérer un détour par un parc (pas trop aménagé si possible), un morceau de forêt voisine, promesse de fascination renouvelée oui, à chaque pas.

Marcher pour lire le temps et le monde, en tout cas ce que je souhaite en voir, ce que j'arrive encore oui à en supporter.

Marcher pour fuir la marche de masse aveugle et oui suicidaire.

Marcher pour oublier la mort urbaine et s'inventer monde, si pas meilleur, différent oui, monde de sens où les éléments sont à leur juste place, ni plus ni moins, au cœur d'un processus réellement collectif, maillons d'une chaîne qui unit passé, présent et futur, la vie oui.

Marcher dans les clichés? Apaisement des sous-bois, émerveillement d'un peuple de champignons sur un souche en décomposition, torpeur des rayons solaires qui traversent les feuillages, la nature attend et travaille oui à son rythme et s'y fondre, s'y confondre, s'y perdre et s'y retrouver. Oui cliché. Si bon.

Nature, lecture, écriture.

Ces temps-ci, impossibilité d'arpenter encore la ville devenue ce qu'elle est, lieu d'errance et de bruit, de saleté et de destruction oui.
A l'approche du projet qui me verra plonger dans "Walden ou la vie dans les bois" de Henry-David Thoreau pour en faire un spectacle, tout simple oui sans rien, dans le dénuement, j'ai eu la tentation de retourner vers les écrivains qui ont ancré leurs récits au cœur d'une nature rude, belle et indomptable.
J'ai repris Robert-Louis Stevenson et lu "Les Gais Lurons" où la tempête déchaînée au large de l'île d'Aros entraîne un homme dans la folie et la démence.
Je suis revenu à Jack London, plus jamais lu depuis l'enfance, et dévoré "L'amour de la vie", où un homme s'épuise à marcher dans la rudesse de l'Alaska sous le regard affamé d'un loup squelettique.
J'ai entamé ce matin "Elysée, avant les ruisseaux et les montagnes" de Thomas Giraud, dont le premier chapitre déjà m'a captivé, pour découvrir la personnalité d'Elisée Reclus, ce géographe libertaire, auteur de "L'homme et la terre", dont je ne connais rien oui.

Je marche.


samedi 15 octobre 2016

L'attente / 5. Lombrics et pucerons.



Ce matin, le reflet dans la porte vitrée de la guirlande lumineuse qui parcourt ma bibliothèque se confond avec le monstrueux plan de tomates qui termine sa saison au fond de la cour.

Deux vieilles vestes chaudes s'aèrent depuis hier des odeurs tenaces que de longs mois de confinement au fond du garage ont favorisé.

Trois poivrons tentent malgré la pluie d'atteindre l'objectif que je leur ai fixé, terminer dans nos assiettes pour ma plus grande fierté.

Une chaise en plastique blanc se souvient des heures de lecture sous la protection du potager.

Des centaines de lombrics s'activent dans leur caserne de compostage, jamais avares de labeur glouton.

Une petite fougère est venue se nicher à deux mètres du sol entre trois briques disjointes et amène un peu de forêt dans ma cité.

Une capucine bienveillante accueille des milliers de pucerons, visiteurs d'automne incongrus et heureusement ici rassemblés.

La cour attend.




samedi 1 octobre 2016

Laver les mains




il a fallu

classer
ordonner
autrement présenter
relire par même occasion

un libellé "Journal de Tribunal"
accès plus simple pour affaire compliquée
interminable
inépuisable

tentative d'épuisement d'un lieu
tentative d'épuisement d'un dossier
tentative d'épuisement d'un corps
tentative d'épuisement d'un esprit
tentative d'épuisement d'une santé

glaçante récurrence

et pour s'appuyer dessus
écrire une suite
une suite de fragments
éclats
la vie et ce qu'elle est devenue
somme d'éclats

sommes
sommes-nous
chante Bashung
sommes-nous débarrassés de cette boue

prière
aux fantômes
à la nature
à la vie
au reste de la vie
à la mort
au projet de la mort
en soi inscrit

prière
à soi
à sa résistance
sa combativité
sa sauvagerie

prière
au monde

petite prière
grande prière
silencieuse prière
honteuse prière

prière
à la boue

malaxe
chante Bashung

je m'en lave les mains
j'ai dans les bottes des montagnes de questions

chante Bashung

des montagnes de questions

voudrais m'en laver les mains
une bonne fois
pour toutes

prière






vendredi 23 septembre 2016

C'est ce que je dis.



c'est pas aujourd'hui c'est le 29
non j'ai reçu un sms pour ce matin 9h20
non ça c'est la prise de sang
non la prise de sang je l'ai faite il y a un mois
non vous devez la faire aujourd'hui
non je l'ai faite puisque j'avais reçu un sms disant que je devais la faire
vous l'avez déjà faite
oui il y a un mois
ah non ah oui je vois dans votre dossier vous l'avez déjà faite
oui c'est ce que je dis
mais c'est pas aujourd'hui le rendez-vous
alors pourquoi je reçois un sms disant aujourd'hui 9h20
je ne sais pas c'est une erreur de l'informatique

le dialogue aurait pu continuer

mais je me suis levé merde j'ai pris mon vélo après une nuit déjà très courte j'ai traversé la ville dans une circulation infernale avec des conducteurs infernaux et des particules nocives pour mes poumons j'avais le dos en sueur en arrivant j'ai fait la file au milieu de zombies j'avais envie d'un café j'ai vu un sdf qui urinait en dormant à 100 mètres d'ici vous croyez qu'on peut convoquer les gens avec des sms erronés à cause de l'informatique et simplement pas sortir un mot d'excuses en parlant bien fort à la réception comme ça tout le monde est au courant que tu t'es levé pour rien

au lieu
on sort
on regarde la ville pleine de rendez-vous erronés et de zombies encore souriants
ça arrive

on ne sait pas quand on naît à quel point on sera seul parfois

dimanche 18 septembre 2016

De régions inconnues.




En partageant le texte accueilli par le site Les Cosaques des Frontières, j'ai écrit "merci à ceux qui encouragent". Ca n'a l'air de rien dire ça mais le dire publiquement quand on est pudique - et l'écriture au départ de soi n'est pas impudique comme on (je) l'entend mais nécessité de rencontre et de mémoire - c'est comme dire merci à la cantonade et s'en aller dans la foulée, presque honteux d'avouer que sans l'attention et l'écoute de ceux qui prennent le temps, on serait non pas isolé ou incompris mais orphelin d'un écho qui, même restreint à une poignée d'humains, se révèle appui pour la suite, pour la poursuite du travail et de la recherche d'écriture.

Pour qui écrit-on? Qui lit? Pas qui aime et qui n'aime pas, jamais la question ne se pose en ces termes. Plutôt qui encourage la démarche, le chemin, le tâtonnement, l'expérience?
Pas les proches, sauf une, pas les amis du métier (sauf deux ou trois), pas les équipes croisées. Qui sait d'ailleurs ce chemin, qui s'abonne à la chaîne, qui commente un partage sur Facebook, qui? Essentiellement des inconnus, encore inconnus il y a un an, connus désormais au travers de Facebook ou de YouTube et se tisse dès lors un lien jamais imaginé, jamais envisagé pour qui a longtemps considéré les réseaux sociaux comme une plaie chronophage et superficielle. Ils le sont mais pas que. Découverte de cela et usage approprié des outils est en cours.

Cependant, pourquoi si peu de lecteurs autour de soi? Comme si, de prendre une voie autre que celle arpentée durant 30 ans déjà, définissait une autre image de soi, une autre place qui peut-être gênerait, troublerait le rapport établi entre un milieu et soi. Peut-être ce rapport n'a-t-il jamais existé réellement, et si la distance prise ces dernières années avec ce milieu et ses codes et ses habitudes et ses manies et ses caricatures n'était rien d'autre qu'une obligation donnée à soi-même pour se retrouver vrai, vraiment, on ne sait pas très bien où, dans quel désert, quel espace, mais y aller vers cet inconnu peuplé d'inconnus disponibles pour autre ouverture, autre regard, autre attention, autres choses, indéfinissables, incontournables ou improbables. C'est un désert habité de possibles, de voix et d'appels, aucune guerre ne s'y livrera car aucune place n'est à prendre, tout y est mouvant, balayé par un souffle bon et parsemé d'oasis bienveillantes.

Ecrire, être seul, chercher seul est envisageable si on sent que d'autres aussi ailleurs cherchent et creusent cette solitude. Une solitude à plusieurs, de Bordeaux à La Haye, de Tours à Saigon, de la Suisse à la Hongrie, de l'écran à la page, du carnet à l'objectif. Cette solitude à plusieurs est le contraire de ce que furent les 30 années passées où à plusieurs (et tellement parfois), en équipes charnelles et concrètes, une grande solitude se construisait, tapie dans le mouvement permanent et un jour surgie comme une claque évidente et nécessaire.

Ecrire, comme une autre solitude qui aurait attendu si longtemps qu'on lui donne l'autorisation. Et cette autorisation aujourd'hui vient de régions inconnues et le souffle est fort. Comme un nouveau moteur.











jeudi 1 septembre 2016

20.000 lieues dans le désert.





Forcément j'y ai repensé à ce désert en convoquant le lieutenant Giovanni Drogo dans le billet précédent.

Pensé à ce qui hante, pas ce qui plaît ou séduit ou fascine ou interroge ou passionne.

Non ce qui hante.

Ce qui occupe entièrement l'esprit, qui marche en toi sans se soucier de ta disponibilité ni de tes préoccupations, qui dépose son irrationnelle présence au milieu de ton village que tu as déjà bien du mal à diriger en bon père de famille, qui te plante des images de cheval blanc dans la plaine devant les yeux obligés de s'absenter du réel, qui fait de toi son lieu pour apparaître et disparaître au gré de ton inconscient que tu as déjà bien du mal à refouler en bon soldat de l'humanité, qui n'attend aucun mot de passe pour éventrer ta forteresse et y faire pousser une unique fleur.

Ce qui hante et continue de hanter à mesure que le temps passe c'est l'idée que le temps justement, quelque part pour quelqu'un, puisse s'arrêter.

Comme Némo en sa forteresse mobile, Drogo me cherche et me provoque.

Jamais je n'ai rêvé d'être lieutenant ou capitaine.

Toujours j'ai rêvé de voyager sans bouger.

Un jour sans doute, assis sur un lit à regarder fixement la fenêtre, je verrai un poulpe géant emporté par le vent venu des montagnes.



Parfois tu t'appelles Drogo





Tu vas l'avoir ta journée à te plonger la gueule dans des cases à compléter des codes à retrouver des numéros nationaux à pas confondre (comme si c'était possible entre toi et ton fils cette confusion quelle posture).
Tu vas chercher et pester à dépatouiller ce que tu n'as pas classé juste accumulé superposé glissé (à la hâte comme en fuite et sachant que tu es perdant d'office rien n'y fait).
Tu vas te démener à justifier ton prêt social et courir l'Enregistrement et les Domaines pour ton appartement moitié vide moitié du temps (qui sûrement mais lentement se décompose comme toi et qu'y faire tu n'as pas un sou pour réparer).
Tu vas relire vingt fois jusqu'à migraine l'ensemble des documents à annexer copier valider faire signer et imprimer (et obsolète ton imprimante t'oblige à courir fourrer ta clé usb oh pas loin dans le quartier mais file à faire tu t'en doutes c'est la rentrée).
Tu vas répondre à l'économat de l'école de ton gamin toujours au centre du labyrinthe que son récapitulatif des frais scolaires de l'année écoulée est erroné (et sur qui compter tu t'interroges si même leur comptabilité informatique est moins probante que tes calculs de fin de soirée à retrouver tes virements à migraine encore).
Tu vas quémander une allocation d'études ou bourse ou aide ou misère accordée et redire ton lien de parenté avec ton fils (comme si leur informatique à mémoire ne le savait pas ce lien et te demandait chaque année de le confirmer quelle bassesse).
Tu vas mélanger des courriers où on t'appelle madame monsieur  même pas datés avec des liens vers des sites et des numéros à appeler pour tout renseignement complémentaire (bien sûr en appelant tu vas t'épuiser à taper des 1 ou 2 ou 3 pour t'exfiltrer et atteindre un service où toutes nos lignes sont occupées veuillez rappeler plus tard mon poing dans une gueule n'importe laquelle).
Tu vas ouvrir ton homebanking et taper 3 chiffres qui te rongent gonflés d'injustice qu'ils sont mais application stricte même pas d'une loi non seulement d'un jugement rédigé à la hâte d'un début d'été avec grossier calcul où alors que tu ressors encore une fois vainqueur et lavé tu en meurs pourtant d'épuisement financier (cependant comme dit l'avocat qui vit de toi purée les bureaux l'appel te coûterait tellement cher que vaut mieux en rester là et c'est ce que tu fais incrédule ou vaincu devant ça autrement dit tu cliques).

Parfois tu t'appelles Drogo et tu ne sais plus ce que tu attends.

Bonne journée mon ami (et tu sais pourquoi tu n'as pas dormi).

mercredi 31 août 2016

Un jour de mirage





Que lapent les esprits louches à la mare aux fous
Et s'entêtent dans les cœurs les plaintes obscures

Que rusent les doigts avides aux ventres pierreux
Et s'immollent dans les nerfs les amours vacantes

ça n'a jamais été un début
simplement s'est posé ici en début d'été
et n'a jamais trouvé plus de vie
ni plus d'envie ou de sens

des semaines se chevauchent et ramènent la fraîcheur
on termine août et se présente l'inconnu
on sent bien que c'est l'inconnu qui une nouvelle fois paralyse
une incompréhension sans origine nette obscurcit le dialogue

nulle forme n'apparaît en questionnant
on a cru que les vagues
nulle idée ne se précise en ressassant
on a cru que les ciels
nulle tristesse ne s'affiche en souriant
on a cru que le vent les arbres
nulle présence ne s'affirme en revenant
on a cru que les images et les sons de la parenthèse soleil

on a cru sans y croire trop fort

s'il fallait reprendre à l'embranchement
battre le pavé tant qu'il est mou
charpenter plus souplement
se taire au lieu de gagner
toucher pour retenir et non écarter

s'il fallait réécrire les incidents-les écarts-les réponses abusives-les peurs gagnantes-les cloisons édifiées-les attentes déplacées

on n'en finirait pas de réécrire sans pouvoir changer une virgule à ce qui s'est imprimé à l'insu de soi

on y va vers l'inconnu et demain déjà mal se construit de ces peurs qui jamais n'apprennent

s'immollent dans les nerfs

ai-je écrit un jour de mirage




samedi 20 août 2016

Est-ce





le geste est comme étranger à lui-même
les mouvements comme absents ou suspendus
les images ne se parlent pas
leurs fragments rétifs à l'assemblage
est-ce le désir de cette écriture qui n'est plus

le regard reste à distance des souvenirs
les yeux inquiets de leur froideur
la lumière glisse inaccessible sur l'écran
les voix humaines ou autres restées seules
est-ce désir qui n'est plus

avoir été en ces lieux suffit
être revenu à la vie ancienne éteint

est-ce l'écriture qui n'est plus



mercredi 3 août 2016

Une mesure du temps.





Depuis quatre ans, six mois est une mesure du temps.
En six mois, le temps galope et rapproche le temps passé du temps présent puis le temps présent du temps futur. En six mois, le temps passé à oublier cette mesure de temps comme marqueur de vie s'efface dans le quotidien qui court aussi sans prendre son temps. Quand le temps vient de reprendre le chemin du laboratoire, les six mois disent leur écoulement achevé et l'heure sonne du retour à l'analyse. Quand l'analyse révèle que six autres mois peuvent s'écouler sans que le temps de s'inquiéter ne vienne, le temps de vivre reprend ses droits.
L'attente de son nom prononcé à voix haute au milieu de ceux qui n'ont comme vie que de brèves échéances jusqu'au prochain contrôle est un autre temps présent. Un temps figé qui tente de se fondre dans la lecture, sourd aux regards perdus ou résignés, aveugle aux voix éraillées ou atones. Dans ce temps, l'attente de son nom prononcé ou écorché, s'inquiète de ce que le temps futur fera de ces six mois. Si les six mois s'écourtent pour n'en plus être que trois ou deux ou si les mois se compressent en semaines, six, quatre ou deux, ou si les semaines se muent en jours rongés par la voix perdue ou le regard éraillé, le temps aura fait son temps, ni plus passé ni encore présent ni jamais futur.
Temps qu'il y a de la vie.

vendredi 29 juillet 2016

Et s'y perdre.




heureusement qu'il y a écriture et s'y laisser entrer

heureusement qu'il y a ciel toujours racontant et s'y perdre

heureusement qu'il y a route à faire et s'y ruer

heureusement qu'il y a horizon à déplacer et s'y perdre

heureusement qu'il y a ce qui ne peut être retiré à soi-même d'amour qu'on porte et s'y baigner

heureusement qu'il y a vue sur vallées forêts rivières ponts collines et s'y perdre  

heureusement qu'il y a ce qui ne peut être ôté à soi-même d'amitié qu'on reçoit et s'y laisser gagner

heureusement qu'il y a lecture lecture lecture lecture et s'y perdre

heureusement qu'il y a force et résistance venues d'on ne sait où et s'y fortifier

heureusement qu'il y a terreau humus graines pousses fleurs écorces chemins et s'y perdre

heureusement qu'il y a soif de vie et s'y accrocher

heureusement qu'il y a écriture et s'y perdre