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mardi 27 juin 2017

L'attente / 26




l'attente est enfin arrivée
hourrah général et liesse personnelle
retrouvailles débordantes
exultations grimaçantes

tous y vont de leur larme composée

un siège un siège pour elle
une verre un verre d'eau elle a soif

l'attente est revenue parmi nous
brouhaha général et détresse personnelle
accolades essoufflées
embrassades boursouflées

tous y vont de leur geste déplacé

un lit un lit pour elle
un verre un verre de sang elle a soif


l'attente a soif
qu'on se le dise

très soif


dimanche 28 mai 2017

L'attente / 25



ou
on ne sait comment demain advient commence le jour qui succède à la nuit étirée
ou
on a oublié quelles furent les premières pensées comment on a marché juste après droit ou pas droit
ou
on a pas cherché les mots parce qu'on n'a pas osé les chercher plus loin qu'au bout du souffle coupé

ou
on a craint les heures minutes à occuper sans bien réaliser imaginer oser imaginer même le pire

ou
on a fait à manger le cœur distrait la main ailleurs le regard gros
ou
on a tant fixé l'écran sans rien comprendre à ce méli-mélo de témoignages vrais faux

ou
on s'est pris la main plus que d'habitude ou autrement ou si tendrement dans le soleil pesant
ou
on a réalisé qu'on parlait par clichés si justes qu'on en a ri pas longtemps ou juste souri
ou

ou
on voudrait sauter si haut retomber la tête dans la terre qu'on aime à s'en boucher les oreilles
ou
on voudrait nager à contre courant n'avoir besoin que de soi pour tenir deux toujours


ou



on n'a rien compris sur l'instant ni plus tard ni encore maintenant ni demain ni à l'avenir incertain

ou
comment taire ou dire ou cacher ou pourquoi

ou oui sans doute qu'on va attendre
puis ne plus attendre
puis décider
puis agir
puis résister
puis attendre le cadeau de la vie


vendredi 26 mai 2017

L'attente / 24



24 comme 24 heures dans une journée, comme Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig dont lecture achevée ce matin (ce Zweig quand même, quel art de dire et redire la pulsion, le vertige, l'irrationnel).
24 comme le jour où publiée L'attente 23.

On peut continuer comme ça à n'écrire rien sur rien de vraiment intéressant sur rien qui vaille la peine qu'on a sur rien qui occupe tant l'esprit et les tendons sur rien rien rien.

Aujourd'hui, le 26, attendre le 29 où précisions et décisions seront données formulées prises lancées. Un branle-bas de combat en somme.

Sommes-nous des bêtes de somme?

Indéfiniment?



Attendre que l'écriture prenne en charge tout ce poids?

Ecrire sur sa petite cour?
Sur sa caravane?
Sur ces projets, tous stoppés net?
Sur ce poste d'enseignant qu'on va te refuser dans quelques jours (probablement) parce que tu ne corresponds pas au modèle du prof de théâtre classique (ta gueule l'écriture l'atelier la recherche la pratique avant la théorie la diversité de ton parcours que tu as dû justifier comme un boulet  inclassable stop)

Ecrire sur soi?
Pour soi?

Pour rappeler le cœur flippant de la vie?

Publier? Facebooker? Blogger?
Quel libellé?

L'attente?

Journal?

Moi moi moi?

Bordel?


ou

Correction des épreuves?




Dans la face les épreuves et pile le reste. 


https://www.youtube.com/watch?v=SY8j9c3iO5s



mardi 23 mai 2017

L'attente / 23




Cette attente-là sent mauvais. Elle est chargée de noire intention. Elle en infiltre chaque seconde passée à fixer les portes alignées qui elles aussi attendent une venue, une sortie, un mouvement. Ouverture. Fermeture. Scénario balisé, inscrit dans le linoléum.
L'espace d'attente est identique en ophtalmologie, radiologie, stomatologie. Seuls changent le numéro et le nom attribués à ces quelques mètres carrés.

Parce qu'il ne peut en être autrement dans la tête dès le matin et sans doute dès les rêves de la nuit, le scénario du pire est écarté. Parce qu'il n'est simplement pas envisageable que pareille chose arrive.

Tu le penses pour toi et pour l'autre. Tu penses qu'il n'y a aucune raison pour qu'on annonce à l'autre mais aussi à toi que le scénario n'est pas le bon.

Donc, à deux, dans quelques mètres carrés, on attend. On fixe les sièges soudés par trois, les petits tableaux floraux, le numéro 21, les portes des cabines, le couloir interminable, le néon, une revue de décoration, un prospectus abandonné, son téléphone, on fait défiler l'actualité Facebook, les sièges toujours soudés par trois, le couloir abandonné, une petite revue de décoration, son téléphone éteint, le numéro inchangé, le néon et le néon voisin, on se fout de l'actualité et de Facebook. Parce qu'on se dit qu'il n'est simplement pas envisageable.

Enfin, on est appelé. Trente minutes plus tard on reprend le couloir, on est écrasé par le néon, on cherche son téléphone, on a envie de vomir dans la revue de décoration. On est dans le scénario qu'on pensait pas envisageable.


mercredi 17 mai 2017

L'attente / 22




- Tu attends aussi?
- Oui, j'attends mon tour.
- Moi aussi, j'attends mon tour.
- On est arrivé en même temps?
- Oui, il me semble.
- Ce sera à qui le tour alors?
- Sais pas.
- Qui va y aller le premier?
- Le premier arrivé.
- Qui est entré dans la pièce le premier?
- On est entré en même temps.
- Il me semble aussi.
- On va entrer à tour de rôle.
- Ah oui bonne idée.
- Toi ou moi d'abord?
- L'un et puis l'autre.
- ...
- ...
- Tu attends pour quel rôle?
- Le rôle du gars qui attend je crois et toi?
- Le rôle du gars qui fait attendre je crois.
- Attends non je crois que c'est moi le rôle du gars qui fait attendre.
- T'es sûr?
- Non mais je crois que j'ai plus la tronche du gars qui fait attendre que de celui qui attend.
- Regarde-moi.
- Oui, c'est pas faux, alors que moi j'ai plus la bobine de celui qui attend.
- Regarde-moi, oui il me semble.
- C'est d'abord le rôle du gars qui attend qui entre en premier non?
- Non, plus logique que ce soit le rôle du gars qui fait attendre qui entre en premier?
- Pourquoi tu dis ça?
- Faut que le gars qui fait attendre soit déjà là pour qu'il puisse faire attendre l'autre.
- S'il est déjà là, pourquoi il fait attendre le gars qui attend?
- Pour jouer avec ses pieds.
- Ce serait plus logique que le gars qui fait attendre soit pas encore là et que ce soit justement parce qu'il est pas encore là que l'autre doit attendre.
- Non, c'est le rôle du gars qui "fait" attendre, donc c'est qu'il le fait exprès de faire attendre l'autre.
- C'est un salaud alors.
- Oui c'est un rôle de salaud.
- Et l'autre c'est une victime.
- Oui c'est plutôt un rôle de victime.
- Attends, j'ai pas envie de jouer les victimes moi.
- Tu crois que j'ai envie de jouer les salauds?
- ...
- ...
- Et si on entrait en même temps?
- La victime et le salaud?
- Oui sans dire pour quel rôle on vient.
- Oui, ils verront bien à nos gueules qui va jouer quoi.
- On y va alors?
- Vas-y le premier.
- Mais tu me suis?
- Oui juste le temps de me refaire une beauté.


dimanche 14 mai 2017

L'attente / 21



elle lui arrache sa langue véloce à celle-là
non mais dis
elle lui extirpe la glotte prétentieuse et la jette aux muets
des fois
elle lui coud les joues savantes et souffle dans la bouche
encore quoi
elle lui grave les lèvres habiles de sa rage
plus jamais
elle lui assèche la salive de poussière âcre
tiens

attends-moi susurre-elle
ivre de larmes pierreuses

à projeter tes sons irréfléchis
tu gommes ma langue

ma langue de silence

c'est doux ce silence
et ca coule lentement
comme en rêve
enfin



samedi 15 avril 2017

L'attente / 20.





en se retournant elle s'est vue l'attente elle était derrière elle silencieuse elle a baissé les yeux intriguée découvert que sous elle elle s'y trouvait aussi l'attente elle souriait toujours pas bavarde en redressant la tête toute troublée qu'à elle seule elle puisse être plusieurs elle a levé les yeux au ciel constaté qu'elle siégeait là encore l'attente juste un peu au-dessus d'elle dérangée mais pas résignée elle a fermé les yeux là dans le noir de ses pensées elle a entendu qu'elle était en elle tout autant l'attente mutique comme de bien entendu tremblante pour le coup elle a ouvert la main saisi l'attente derrière elle l'attente sous elle l'attente au-dessus d'elle fourré le tout dans sa bouche donné à manger à l'attente en elle enfin un cri s'est échappé de ces attentes broyées jusqu'à résonner dans le désert du monde

jeudi 6 avril 2017

L'attente / 19




- Ah vous voilà! Où traîniez-vous encore?
- Je courais, désolée...
- Reprenez votre souffle, vous êtes en nage.
- Je ne reprends jamais mon souffle...
- Asseyez-vous alors.
- Je ne m'assieds jamais...
- Jamais?
- Je suis assise en chacun...
- Où sont vos yeux?
- Je suis dans le regard de chacun...
- Mais vous parlez sans voix!?
- Je suis cachée dans la gorge de chacun...
- C'est quoi cette odeur forte? Bon dieu mais lavez-vous!!
- Je suis la sueur de l'angoisse de chacun...
- Tournez-vous que je vous voie de face...
- Si je me retourne, vous vous verrez en moi...
- Et puis cessez de bouger...
- Je ne bouge pas, je m'assied en vous...
- Taisez-vous...
- Je vous tais...
- Voilà c'est mieux.
- C'est mieux oui.



mercredi 5 avril 2017

L'attente / 18.




elle s'était épuisée à force l'attente
à force qu'on ne lui fasse plus une petite place
une place qui ne demandait rien dans le fond
rien qu'un peu d'attention de temps à autre
le temps qu'elle puisse offrir ce qu'elle avait de plus beau
de plus beau et de plus chaud
comme du repos en somme
du repos


https://youtu.be/rrXuuPgJO8U





jeudi 23 mars 2017

L'attente / 17.



elle ne révèle que l'ennui
l'attente
elle ne cache que la peur
l'attente
elle ne parle que le silence
l'attente
elle ne désire que la mort
l'attente
elle ne contemple que le vide
l'attente
elle n'entend que le cœur
l'attente
elle ne supporte que la panique
l'attente
elle ne règle que ses petites affaires
l'attente
elle ne se lève qu'à son nom
l'attente
elle ne retient que ses besoins
l'attente
elle ne vise que son plaisir
l'attente
elle ne propose que le songe
l'attente
elle ne touche que l'impalpable
l'attente
elle ne coule que dans les yeux
l'attente
elle ne survit que par dépit
l'attente
elle ne fouille que les tombes
l'attente
elle ne frappe que l'âme
l'attente
elle ne remplit que l'intervalle
l'attente
elle n'avoue que sa lâcheté
l'attente
elle n'embrasse que la tristesse
l'attente
elle ne ronge que les restes
l'attente

jeudi 2 février 2017

L'attente / 16.



j'attends l'attente qui jamais ne vient quand on l'attend
j'attends l'attente qui toujours se montre là où je ne suis pas se cache là où je suis
j'attends l'attente qui dans son honnêteté se devrait de ne pas se dérober à mon épuisement
j'attends l'attente qui emporterait tous mes espoirs déçus en un grand souffle bleu
j'attends l'attente comme le prédateur chaud sa proie assoiffée
j'attends l'attente qui ravirait de son chant voluptueux mes oreilles gorgées de vacarme
j'attends l'attente qui rougirait nue de mon regard sauvage implorant raide
j'attends l'attente comme le pêcheur somnolant dos au monde vide au monde
j'attends l'attente qui me serrerait si densément que j'en exploserais de soulagement
j'attends l'attente son visage son sourire son humeur sa langue sa peau son sang son tissu
j'attends l'attente comme on attend la mort croyant jouir de la vie
j'attends l'attente pour qu'elle repousse recule refoule reprogramme ma vie qui va comme elle tient
j'attends l'attente comme un médicament oublié au fond d'une fiole au fond d'un tiroir au fond d'une chambre
j'attends l'attente pour qu'elle libère les derniers fantasmes obscurs de mon cerveau absent abscons
j'attends l'attente en sa joie simple lisse ouverte humide douce
j'attends l'attente qui me regarderait me prendrait la main me demanderait comment vas-tu



dimanche 15 janvier 2017

L'attente / 15. A treize ans.



j'attends le blanc
le blanc est ailleurs pas loin à portée de jambe de course de décision
j'attends les sols figés les paysages unifiés les manteaux de repos
le repos où se perdre se laver se renaître

s'être inquiété s'être demandé s'être questionné s'être révolté

j'attends la marche
la marche est ailleurs pas loin au-dessus au-dedans au-delà
j'attends les nuées de songes dérives mystères secrets
les secrets où s'étourdir se réfugier se confondre

s'être trompé s'être fourvoyé s'être égaré s'être plumé

j'attends de revoir la nappe blanche sans craindre son éboulement écoulement étouffement
j'attends de revoir la nappe blanche sans craindre
j'attends de revoir la nappe blanche

sans oublier


s'être tu caché
s'être mal vécu



j'attends le blanc où mes pas craqueraient
à nouveau






mourir à treize ans


blanc









jeudi 12 janvier 2017

L'attente / 14. Inévitable.



- On va gagner du temps.
- Du?
- Du temps.
- Du temps...
- Oui.
- Pour?
- Pour plus en perdre.
- Quoi?
- Le temps. Son temps!
- On perd son temps?
- Souvent.
- Ah...
- Tout le temps...
- On perd tout le temps son temps?
- Evidemment.
- Parfois...
- Toujours.
- Et?
- Ca suffit.
- Donc?
- On va gagner du temps.
- Comment?
- On va simplifier...
- Ah...
- On va supprimer...
- Supprimer quoi?
- On verra en son temps.
- Ah...
- On va réduire...
- Réduire...
- On va automatiser!
- Automat...
- Ramasser!
- Ram...
- Condenser, comprimer, compacter!
- ...
- Densifier!
- Pour gagner du temps?
- Voilà.
- Gagner...
- Oui... gagner!
- Ca va demander du temps...
- Quoi?
- Pour y arriver.
- Ca oui... évidemment.
- Beaucoup de temps...
- Bien évidemment bien sûr évidemment c'est inévitable.
- Inévitable?
- Bien sûr inévitable évidemment inévitable... évidemment... inévitable...
- Ce sera beaucoup de temps perdu.
- Oui...
- Ah...
- Mais qu'est-ce qu'on va gagner comme temps après!
- Après...
- Oui... qu'est-ce qu'on va gagner comme temps après! Bien évidemment!
- On sera mort.
- Ah ça... oui.
- Evidemment...
- Inévitable.

vendredi 6 janvier 2017

L'attente / 13. Variations 4.



L'attente tombe.

L'amour attend et tombe.

La déception attend son comble mais tombe.

Le tristesse attend le sommeil ne trouve que la colère puis tombe.

La vie attend la joie le rire la complicité tous de concert tombent.

La lumière attend endormie interdite constatant le jour qui tombe.

Le yeux attendent si empêchés censurés violentés que les paupières en tombent.

Le cœur attend appelle cherche espère scrute vibre tremble étouffe vacille tombe.

La tombe attend.


vendredi 30 décembre 2016

L'attente / 12. Variations 3




L’attente attend ça n’a pas changé depuis la dernière fois.
Le pli attend la mise.
La mise attend le vert.
Le ver attend le fruit.
La pomme attend Eve et Newton.
L'éclat attend le coup.
L'imprévu attend l'habitude.
Le définitif attend prostré.
La simplification attend l’idée toute faite.
La limace attend mange digère attend mange digère attend.
La planche attend le dessinateur.
La bulle attend le texte.
La saison attend l'épisode.
Le mendiant attend main tendue regard baissé grelottant aucune pensées.
La commande attend le bon.
Le bon attend la brute qui attend le truand.
Le charnier attend d'être découvert.
La vitre attend le laveur.
Le laveur attend le raton.
Le pitre attend le chat.
L’impétuosité attend la modération.
Le béton attend d'être armé.
L’ivresse attend le bateau.
Le bateau attend de mener en.
La prison attend l’évasion.
L’évasion attend le paradis fiscal.
La reconnaissance se fait attendre.
Le cierge attend le con.
Le con attend l’amour.
L’amour attend dissimulé dans des signes si ténus.
La délation attend de dos avec un œil dans son col.
Le pirate attend de face d'un œil un seul.
L’œil attend sous la paupière.
La paupière attend pour cause de fermeture.
Le volcan attend qu’on l’oublie.
La démente attend qu’on la lave.
L’oubli attend que la douleur ait fait son temps.
Les spermatozoïdes attendent groupés en se racontant des histoires salaces.
La semence attend son semeur.
La vieillesse attend et se meurt.
La sagesse attend la vieillesse et c’est long.
Le regard attend se vide se noie dans les larmes retenues.


mercredi 23 novembre 2016

L'attente / 11. Vers le ciel.






C’est en arrivant en haut des marches qu’elle a réalisé, l’attente, qu’elle était enfin arrivée en bas. Elle s’est retournée, a baissé les yeux et constaté ce qui restait à monter. Après une courte pause, un peu d’eau de pluie dans le gosier, elle a repris en sens inverse et cheminant tout en descente, elle a réalisé qu’elle s’élevait petit à petit. Toujours décidée, elle a progressé tête levée vers le ciel et s’enfonçant toujours plus dans les creux de l’ascension, elle en a perdu tout sens de l’orientation.

Ne lui restait alors qu’à s’asseoir pour un temps infini et à contempler l’horizon qui s’étendait du bout de ses pieds au sommet de son crâne. La nuit venue, se confrontant à une obscurité complice, elle s’est remise en route dans d’autres directions, confondues les unes aux autres et, des larmes plein le regard, elle a enfilé les mètres, les moments, les vides, les obstacles, avec une pugnacité qui force l’admiration.

Il pleuvait toujours et, ne se laissant jamais assécher, elle s’est enivrée, l’attente, de cette liberté si rudement gagnée.

dimanche 13 novembre 2016

L'attente / 10. Variations 2





La patience attend.
Le ticket attend le patient.
Le patient attend son tour.
La pipe attend Simenon.
Le tunnel attend sous la manche.
La raison attend son cœur.
La bière attend la mise.
La file attend l'indienne.
Le contrôleur attend main tendue.
La haine attend la peur.
La jungle attend Tarzan.
Le costume attend le rôle.
Le rôle attend l'extrait.
L'extrait attend d'être choisi.
Le diaphragme attend le rire.
L'opinion attend le consensus.
L'arrêt attend provisoirement définitivement c’est selon.
Le futur attend avec consternation.
La foi attend la profession.
Le pneu attend l'éclatement.
Le singe attend l'hiver.
Brest attend le tonnerre.
Le loup attend la lune.
La victime attend le bourreau.
La vérité attend d'être révélée.
Le miel attend le rhume.
La grue attend par-dessus tout.
Le phare attend vaguement.
La glace attend la fonte.
La joie attend l'hymne.
La force attend de constater.
L'agneau attend le silence.
La corde attend guindée.
Sébastien attend parmi les hommes.
Le générique attend de défiler.
La surface attend de planer.
L'aventurier attend que ça se calme.
Le grenier attend qu'on veuille bien se souvenir de lui.
Le parachute attend l'ouverture.
Le sommeil attend les yeux fermés.
L'insomnie attend en ricanant.
La vie attend le coeur battant.

jeudi 3 novembre 2016

L'attente / 9. En toute connaissance de cause.



25 ans nous séparent. Environ. On ne connaît pas très bien son âge.
Il entre dans l'oubli de sa vie, de ses repères, de la clarté des choses et du monde.
Il parle peu, la télévision est son lavage quotidien.
Aujourd'hui, en plus de cette maladie, on lui en diagnostique une autre, étendue, répandue, nulle hésitation semble-t-il. Elle s'est multipliée dans son corps, a quitté un organe pour en rejoindre d'autres dans un grand partage indésirable.
Il ne s'est pas soigné, n'a pas fait de suivi lorsqu'il y a dix ans, la chose est apparue. Dix ans plus tard, la chose a fondé une famille et occupe le terrain.

Chez moi, la même chose, identiquement logée, s'observe à intervalle bi-annuel.

Rythme de vie à la recherche de pulsion de vie suffisamment forte.

Il nous faudra bien disparaître un jour, de notre existence, de notre corps, de notre avenir.
Une fois les premiers signes francs de cette disparition, nous n'avons d'autre choix que de marcher avec elle, en toute connaissance de cause (et de ces effets, pas sûr), alors autant se mettre à siffler pour alléger cette marche.

Sa fille, sur sa page Facebook, au retour de l'hôpital a écrit ceci:

"Lui il s'en fout, il siffle.
Ses oreilles se sont bouchées. Il a laissé pousser des oliviers dedans.
Il chante en turc dans le métro bondé...il se rappelle des temps inconnus de nous.
Il a dit aux docteurs "Alzheimer, moi? Pas du tout! Cancer? des conneries!"


La maladie attend. Je l'attends. On s'attend.

mercredi 26 octobre 2016

L'attente / 8. Variations 1.







L'attente s'attend.
Le sol attend la feuille.
Le guichet attend le formulaire.
L'encre attend le cachet.
L'ancre attend le fond.
Le quai attend le suicide.
L'espoir attend la déception.
Le gant attend la main.
Le baiser attend la suite.

Le sujet attend l'objet.
La tablette attend le doigt.
La cuvette attend les yeux fermés.
Le chat attend la souris.
La souris attend en riant.
Le mur attend le migrant.
La tête attend la migraine.

Le néon attend de clignoter.
La cheminée attend le Père Noël.
Le Père Noël attend la pension.
L'élève attend la sonnerie.

Le kiosque attend la musique.
La cigale attend le silence.
Le ciel attend couvert.
La punition attend la menace.
La route attend l'accident.
Le feu attend l'artifice.
L'artifice attend d'être démasqué.
La chaise attend assise.
La prison attend son crime.
Le lacet attend son nœud.
Le noeud attend son marin.
Le marin attend son horizon.
Le nerf attend la guerre.

La prostituée attend la fin du jour.
La prostituée attend la fin de la nuit.
Le soir attend devant la télévision.
Le pied attend d'être pris.
Le sel attend l'esprit.
Le monde attend d'être imprimé.
Le mort attend pour longtemps.
Le fantôme attend dans les couloirs.
Le sexe attend le sexe.
L'heure attend son tic et son tac.





mercredi 19 octobre 2016

L'attente / 7. Le centre de la chambre.




La chambre a perdu son centre. Elle chavire, tangue, vacille.
Elle attend.
Elle se résume à sa surface inoccupée, son volume maladroit, son odeur de sommeil interrompu, ses murs punaisés, sa porte couverte de cartes à jouer, sa fenêtre dominante, son plancher inégal, son plafond à toiles d'araignée, son lit refuge, ses draps en cabane, ses étagères en heures de pointe, ses cadres à mémoire, ses affiches en lambeaux, ses vêtements presque sales, ses jeux à l'ancienne, ses livres à secrets, son bureau champ de bataille, son désordre comme signature, sa poussière tapie, sa lumière éteinte depuis 7h30.
Elle attend.
Elle est encore le chat qui somnole sur la couette chiffonnée, le rideau qui filtre le dehors incessant, le linge humide de la veille.
Elle attend.
Elle regarde le spectacle d'une rue qui lentement plonge dans le raccourcissement des journées.

Elle attend.

Son attente commence un mercredi matin et comptera les jours jusqu'au prochain mercredi midi.

Elle attend, elle aussi.