dimanche 25 janvier 2026

Journal du temps qui manque / 3.






1.

Crans-Montana. Depuis le 31 décembre, le nom résonne avec le mot cauchemar. Quand j'ai entendu l'information à la radio, j'ai fait un bon de quarante-six ans en arrière. 
Le nom de cette station suisse, désormais associé pour tout le monde à ce carnage en boîte de nuit, est lié pour moi à un autre événement tragique. Un drame familial qui a changé le cours de la vie de l'adolescent de 15 ans que j'étais. 
La Suisse, c'est mon second pays. Une partie de la famille (2 personnes) y vit. J'y ai passé de nombreuses vacances pendant mon enfance et cette station où je n'ai jamais mis les pieds devient, pour la deuxième fois à quarante-six ans d'intervalle, synonyme de tragédie.
Depuis le 1er janvier, je m'éveille tous les jours avec le souvenir de l'annonce que l'on me fait, alors que j'ai 15 ans, de la disparition d'un être cher au cours d'un accident de montagne le 6 avril 1980.
Quelquefois, je me suis dit que je devrais écrire sur ces événements et puis, comme pour beaucoup de projets délicats, il se range de lui-même aux oubliettes de l'intime.
Les quelques mots ici suffiront.

2. Heureuse surprise de recevoir un mail m'informant que le texte que j'ai envoyé suite à un appel à textes, a été sélectionné. 
Je l'ai relu et comme c'est étrange : je ne l'ai pas reconnu. Je veux dire, je n'écris pas ce genre de texte d'habitude, je ne sais pas d'où est sorti celui-là, ni ce qui a pu me mener à cette "texture".
Je l'ai écrit rapidement avec la quasi certitude que je n'avais rien de bien intéressant à produire sur cet appel à textes. J'ai pris la chose comme une contrainte inattendue d'écriture. Pour me secouer dans une journée, une semaine, une période morose(s).
Vive les heures moroses.

3. J'ai retiré du mur de mon bureau (qui est aussi le lieu où je propose des ateliers) les pages de la version 7 de l'adaptation du livre Les Enfants endormis.
Maintenant que les répétitions ont commencé, que la structure globale est claire et, me semble-t-il, pertinente pour la scène, je peux me passer de cette vision d'ensemble du texte. 
Avoir une vue d'ensemble d'un projet d'écriture, une étape devenue indispensable et que j'ai "empruntée" à Arno Bertina. Et que nous ne sommes certainement pas les seuls au monde à utiliser. 
Je vais pouvoir afficher les cent-vingt textes qui composent pour l'instant le projet L'Air de rien, projet pour lequel j'ai donc reçu une bourse d'écriture.
A défaut de pouvoir y travailler dans les semaines à venir, le projet en attente ne cessera de me provoquer de son impatience.
Je compte sur lui.

4. J'ai tellement aimé la lecture de Légendes de Martin Winckler que je me suis procuré six autres de ses livres.
Et j'ai plongé avec avidité dans Le Choeur des femmes qui se révèle passionnant. 
Je dois reconnaître que c'est une maladie chez moi (heureusement je ne suis pas le seul atteint), une fois que je lis un livre qui m'emballe d'un auteur ou d'une autrice encore peu lu.e, je cours compléter ma collection de ses oeuvres (presque) complètes. 
Je les achète en occasion sur divers sites de seconde main (heureusement encore sinon je vivrais sous les ponts), je leur fais une place dans la (plusieurs) bibliothèque(s) déjà débordante(s) de partout. 
Il y a maintenant un "coin Martin Winckler", comme il y a des "coin Samuel Beckett, coin Nathalie Sarraute, coin François Bon, coin Marcel Proust, coin Thomas Bernhard, coin Peter Handke, coin Annie Ernaux, coin Georges Perros, coin Arno Bertina, coin Gilles Deleuze, coin Jules Verne, coin Georges Simenon, coin Antoine Volodine, coin Stevenson, coin Marguerite Duras, coin Jean Echenoz", etc...

5. Ceci m'amène à la question suivante : quels sont les autrices ou auteurs dont j'ai tout lu? 
Réponse : aucun.e. 
Parfois, il me reste un seul bouquin à lire, c'est le cas pour Jean Echenoz dont je n'ai jamais lu le premier livre Le Méridien de Greenwich (je l'ai trouvé en occase aussi).
C'est le cas aussi de Arno Bertina, dont je n'ai pas encore lu le livre co-écrit avec Oliver Rohe et Mathieu Larnaudie Boulevard de Yougoslavie

6. Au fond, quelle joie d'aimer des styles et des univers si différents. 
Prenez-moi tous mes meubles, mais laissez-moi mes livres.
Et tout ira bien.


A la prochaine.
 

2 commentaires:

  1. La joie de te (re)lire, Claude, et de découvrir ces premiers épisodes du temps qui manque !

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    1. Oh merci Amélie. Comme tu vois la Suisse est présente. En tragédie mais aussi en socle depuis l'enfance. Je t'embrasse.

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