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dimanche 10 octobre 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création / 6

 



Qu'écrire encore sur le processus de création? Alors que la date approche, l'angoisse aussi et qu'il y a mille petites choses à faire : un bouton à consolider sur la veste, d'autres chaussettes à acheter, tout comme les boissons pour le bar, le programme à mettre en page (merci Stéphanie!) et à imprimer, répondre aux demandes de réservations, aller voir la salle d'une école où nous jouerons en avril, etc... Et bien sûr, répéter, chercher, creuser en soi pour offrir au personnage et au texte ce qu'il y a de plus sincère. Ressentir chaque passage, chaque mot, chaque sentiment, chaque état. Ça ne vient pas d'instinct, c'est du boulot et les jours ne se ressemblent pas.

 

Peut-être dire ceci aussi : le long travail de maturation d'un spectacle amène quelques fois à réinterroger certains choix, à se questionner sur la lisibilité de ce qu'on va jouer, à s'écarter d'un concept ou d'un fantasme de départ pour arriver au concret de la représentation qui s'annonce. Au concret de son corps d'acteur, de ses capacités et de ses limites (ou supposées telles - et on est mauvais juge). Ces derniers jours, j'ai remis en question quelques axes de recherche, j'ai simplifié la mise en scène. J'ai cherché à ralentir le texte, à le faire respirer autrement, en me basant sur ma respiration, mon énergie et non pas tenter d'approcher une ou des énergies supposées de personnage(s). La mise en scène c'est aussi ne pas trop mettre en scène, laisser de l'air et du flou, des interstices et des absences, des espaces en tout cas où la rencontre entre un texte, un public et un acteur va pouvoir exister. Donc, j'apprends à abandonner trop d'idées et à alléger.

 

Cette semaine, nous construisons aussi le spectacle avec son univers sonore, créé par Martin Enuset (oui mon fils). Et nous tenterons les premiers filages, à savoir jouer sans s'arrêter toute la pièce, car dans le fond, c'est bien ce que vous attendez, de voir... toute la pièce.

 

On se retrouve à partir du 27 octobre. Merci d'avoir partagé ici ce processus de création. 

 

 


 

 

 

vendredi 17 septembre 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création / 5



Tiens, j'ai finalisé le visuel du spectacle. Ce dessin de Kafka est exactement ce que je cherchais comme image. La voici. 


Tiens, j'ai souvent écouté le compositeur Henryk Gorecki durant le processus d'écriture. J'aime chez lui ces contrastes, ces suspensions, cette force parfois solennelle, cette étrangeté. Il semble avoir composé les soubresauts et les heurts d'une personnalité comme celle du notaire face à Bartleby. J'espère m'en nourrir pour les nuances du jeu. 

https://www.youtube.com/watch?v=Z00ukZVeigE&list=PLioM3RBE6PFc6JuohlkB1Qn1YDaeoOoRz&index=5&t=698s&ab_channel=PedroH.Soares

 

Tiens dans le spectacle ce sera la musique composée par Martin Enuset que vous entendrez. Je lui ai demandé des petits modules assez brefs, des variations pouvant s'insérer entre les chapitres. Il y en a 14. Ces courts instants musicaux ne sont pas là pour illustrer quoi que ce soit mais pour faire respirer la représentation et permettre au personnage comme aux spectateurs/trices de suspendre pour l'un sa parole, pour les autres la réception des émotions.



 


Tiens, j'ai finalisé la scénographie et la lumière. Dans le dispositif comme je l'ai envisagé, il manquait encore une structure pour marquer plus l'espace et s'approcher de ce que je cherche à créer : un sentiment d'arène, de cercle clos, de labyrinthe mental. Un espace où le personnage serait comme une souris qui tourne dans un espace sans porte. Je crois que ça fonctionne. En tout cas, depuis hier, je répète dans cette scénographie et elle aide à créer chez moi/le personnage ce sentiment de tourner en rond dans son cerveau.

 

Tiens, sur la suggestion de Valériane De Maerteleire, nous avons présenté une version de 30 minutes en lecture aux responsables de l'association Pierre de Lune qui se charge de faire circuler le théâtre et les animations à l'école. Un matin à 10h, je me suis donc retrouvé dans un petit bureau du Botanique à lire cette version ramassée devant les responsables de l'association, Laëtitia Jacqmin et Christian Machiels. J'avais le trac et très mal dormi. Et joie, ils ont trouvé le sujet et le texte tout à fait pertinents pour proposer au secondaire supérieur cette lecture avec animation. Ce qui me réjouit, c'est de constater que ce texte, écrit en 1853, trouve écho aujourd'hui et l'idée de partager des rencontres avec des étudiants apporte un sens supplémentaire à ce projet.


https://www.pierredelune.be/ 

 

Tiens, il y aura encore un carnet de création vers le 10 octobre et puis on se retrouvera pour les représentations.


Merci de votre lecture!





 

mercredi 25 août 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création / 4


 

Après une pause de quelques temps consacrée à la préparation et à l'animation d'ateliers d'écriture en Normandie au festival Pirouésie, reprise du travail de mémorisation... C'est là qu'on voit que les neurones ne sont plus de toute première fraîcheur et qu'il faut bosser et bosser encore. Mais enfin, les dernières pages se profilent et le jeu, la recherche dans l'espace va pouvoir commencer. L'espace de jeu est définitif et le sol sur lequel je vais jouer est acheté et découpé... Il faut encore peindre les chaises, trouver un costume et réfléchir à la question des lumières et du son. Le tout devant s'installer facilement chez des particuliers.

 

Ce travail de mémorisation est d'autant plus compliqué que j'ai réalisé une seconde adaptation plus courte (30 minutes) destinée à être présentée dans les écoles avec une animation à la clef. C'est Valériane De Maerteleire (oeil extérieur sur le spectacle) qui m'a proposé ce projet, pensant que les thématiques du spectacle (le refus, la désobéissance, l'exclusion, la différence) peuvent trouver écho auprès des étudiants. Cette version en classe sera lue car impossible que j'intègre dans mon cerveau deux versions différentes du texte. De toute façon, c'est le principe de ces animations : lecture puis discussion avec les élèves. Il n'empêche, je dois jongler entre des formulations du texte différentes. Nous présenterons ce projet pour les écoles aux responsables de Pierre de Lune, centre scénique jeunes publics, le 14 septembre. Si ça leur plaît, ils soutiendront et diffuseront le projet. Je répète donc en ce moment cette lecture tout en répétant déjà la version théâtre... Travail d'équilibriste...

 


 

Comme pour toute création, il faut communiquer... Donc, il faut un visuel. N'étant ni graphiste ni expert en programme de mise en page sur ordinateur, je me suis quand même lancé tôt ce matin dans un essai sur le programme Canva. Je suis arrivé à un résultat simple, sans folie certes, mais pour une première communication, je me suis dit que ça passerait. Je cherchais une silhouette de personnage reclus sur lui-même et je me suis souvenu des dessins de Kafka. J'ai donc emprunté à Franz son personnage d'homme assis dans ses pensées. Merci Franz! Quant aux briques rouges, elles font partie de l'histoire mais n'en dévoilons pas trop...

 

A bientôt pour la suite...

 

 

 

jeudi 15 juillet 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création / 3

Bartleby le scribe (ou le copiste) a donné lieu à de multiples adaptations: cinématographiques, théâtrales et graphiques. Mais aussi littéraires puisque plusieurs écrivains se sont inspirés du personnage ou ont tourné autour de la thématique en la reprenant à leur compte. Daniel Pennac notamment, avec "Bartleby, mon frère", sorti récemment. Je ne l'ai pas lu. Pas encore.



Daniel Pennac a aussi lu sur scène le texte de Herman Melville. Le personnage de Bartleby le poursuit! Comme je le comprends.


Daniel Pennac parle de Bartleby : 

https://www.youtube.com/watch?v=5aG-wmCUaT0&ab_channel=laMaisonduBanquet


Pour le théâtre, je n'ai pas trouvé de traces d'une adaptation théâtrale en Belgique. Ce serait donc la première. Qui sait...

Ailleurs, France, Angleterre, Allemagne, on a adapté Bartleby sur scène dans des version à 2, 3, 5 comédiens... 






Au cinéma, il y a la version tournée par Maurice Ronet en 1978 avec Michaël Lonsdale dans le rôle du notaire. L'adaptation situe le film dans le Paris des années septante. Je trouve cette approche intéressante, le jeu de Lonsdale évidemment parfait. Un climat, une atmosphère captivante et des seconds rôles impeccables.

https://www.youtube.com/watch?v=peeI4ZCbsSo&ab_channel=LunaParkFilms


Enfin, sortie à l'hiver 2021, une bande dessinée fait parler d'elle. On la doit à Jose Luis Munuera. Je ne l'ai pas encore lue, mais l'univers semble fort. 


Quoi qu'il en soit, ce qui fascine dans Bartleby, c'est que chacun de nous a quelque chose de Bartleby en lui, suivant ce que chacun y voit : renoncement, refus, radicalité, mise à l'écart, désobéissance, disparition. Un peu tout cela à la fois sans doute. Mais au-delà, la force du livre de Melville, c'est que chacun de nous a quelque chose du notaire en lui aussi: rationalité, culpabilité, empathie, colère. Chaque lecteur, chaque spectateur peut ainsi et alternativement (ou simultanément) se projeter dans l'un et (ou) l'autre. C'est ce mouvement continu entre les deux personnages principaux qui fait la tension de l'oeuvre. C'est cet axe qui guide la réalisation à 360 degrés : être l'un et l'autre en permanence.


Je retourne étudier le texte...




dimanche 20 juin 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création /2


Herman Melville


Jouer un spectacle tout seul, répéter tout seul, certes on est son propre patron, c'est très agréable, mais... On peut vite déraper, s'auto-satisfaire, s'auto-convaincre, s'auto-saboter, s'auto-égarer, s'auto-tout en somme. 

Durant la genèse du projet, je me suis interrogé sur la personne que pourrait m'épauler dans cette aventure, me donner quelques balises, qui oserait porter un regard bienveillant mais critique et constructif sur la fabrication de cette interprétation. Je suis assez vigilant et critique moi-même sur les comédiens complaisants et "en roue libre" que pour ne ne pas verser dans cette direction. En tout cas essayer. Il me semblait qu'il fallait quelqu'un que je ne connaisse pas trop, qui ne connaisse pas trop bien l'historique de mon travail, qui ne m'ait pas vu jouer plusieurs fois, bref qui ait un regard "peu encombré" et qui ose "diriger" un comédien plutôt connu comme metteur en scène. Quelqu'un aussi qui aime le texte et le projet, cela va de soi.

J'ai rencontré Valériane De Maerteleire il y a trois ans lors d'un atelier d'écriture auquel elle avait participé. Quelque chose m'avait accroché dans son écriture, quoi je ne sais pas, mais j'y avais été sensible. Par la suite, j'ai découvert une de ses pièces Le fragile qui avait été lue au Rideau de Bruxelles. Là aussi, j'avais beaucoup aimé son écriture, son montage, son mystère. Valériane m'a parlé d'un autre texte qu'elle écrivait, Toundra, et comme elle souhaitait le tester sur un petit public, j'ai suggéré qu'elle vienne le lire chez moi, à Cour Intérieure, le local où je présente mes créations et où j'anime les ateliers d'écriture. Pour cette lecture, Valériane était accompagnée de la comédienne Agnès Guignard, pour laquelle j'ai une grande admiration. La soirée fut belle, le texte en bonne voie. J'ai donc souhaité proposer à Valériane de m'accompagner dans la réalisation de ce Mystère Bartleby. Valériane, qui n'avait pas lu l'oeuvre originale, a parcouru une première mouture de l'adaptation et embarqué de suite dans l'aventure. J'en suis heureux.





Durant les différentes phases d'écriture, je lui ai soumis le texte et grâce à ses premiers retours, j'ai pu ajuster certaines choses, éclaircir ou alléger ce qui devait l'être, rendre plus cohérent un passage avec un autre ailleurs dans le texte.

Une fois que le texte de l'adaptation a été finalisé, en tout cas "finalisé" pour avoir une première matière envisageable sur scène, nous avons imaginé un calendrier et voilà que l'automne 2021, avec la reprise des activités théâtrales, s'est imposé.

N'ayant aucune subvention pour mes projets et vu les jauges réduites que ce type de représentations suppose (chez des particuliers en respectant des normes sanitaires qui seront en vigueur encore pendant des mois) j'ai décidé, sur la suggestion de l'ami Xavier Campion avec lequel j'ai monté D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère l'an dernier à La Tricoterie et au Théâtre Jean Vilar, de me lancer dans un crowdfunding. Histoire de payer quelques heures de travail avant la création, pour Valériane, pour moi, pour une bande-son aussi que j'ai demandé à... Martin Enuset et pour quelques frais de scénographie et technique. Nous avons visé un budget de départ réduit pour ne pas risquer de... ne pas l'atteindre. Ce budget est atteint! Et déjà, une dame qui m'avait vu jouer dans Le cas étrange du Dr Jekyll et de M. Hyde il y a cinq ans, a acheté le spectacle pour fin octobre. Il y a une autre date à l'automne 2022. Petit à petit, d'autres dates s'ajouteront. Il faut être patient.





L'aventure est donc lancée et la mémorisation du texte en cours. Les premières répétitions aussi et la recherche d'un espace de jeu avec des questions importantes : quel aire de jeu imaginer pour s'insérer tant dans un salon qu'un jardin, une salle de classe, un hangar? Quel rapport au public? De face? Avec du public de deux côtés? A 360 degrés? Il nous a semblé que le vertige du texte et la singulière histoire que nous allons raconter trouverait un belle réalisation avec du public tout autour du personnage. Ce n'est pas simple à envisager pour le travail d'acteur mais c'est cela aussi qui est excitant!




mercredi 26 mai 2021

LE MYSTERE BARTLEBY : carnet de création /1


LE MYSTERE BARTLEBY est lancé!

Voilà bientôt 5 ans que ce projet est dans les tiroirs de mon désir. Le texte, je l'ai découvert il y a une vingtaine d'années, dans l'édition Folio. Je ne sais plus pourquoi j'ai acheté le livre, à l'époque je n'ai encore rien lu de l'oeuvre de Herman Melville. Je sais juste qu'il faudra que je plonge un jour dans son célèbre Moby Dick, dont j'ai vu une version cinématographique dans mon adolescence et qui m'a fait forte impression.

De cette lecture de Bartleby le scribe, il me reste le souvenir d'un mystère, d'une fascination, d'un dérangement... D'une lecture qui ouvre plus de questions qu'elle ne suggère de réponses. En somme, je ne le sais peut-être pas encore à ce moment-là, de ce que j'attends de la littérature. De l'art. De la vie.



 

Je crois avoir été fort ému par le personnage de Bartleby tout comme par celui du notaire, narrateur de l'histoire. Je crois m'être identifié aux deux, à celui qui ordonne, dirige (le notaire) et à celui qui refuse pacifiquement (l'employé Bartleby). Je crois.


Quand en 2014, je décide de lancer le premier spectacle de théâtre de proximité en montant Le cas étrange du Dr Jekyll et de M. Hyde de Stevenson, tout en travaillant sur ce spectacle, je me mets à la recherche d'autres oeuvres pouvant être jouées par un seul comédien. Deux autres textes apparaissent vite : Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad et Bartleby le scribe de Herman Melville. Peu à peu, Bartleby s'impose comme une nécessité puis une obsession. Il faut dire ce texte, il faut le partager, il faut approcher cette oeuvre mystérieuse dont je découvrirai qu'elle a provoqué de nombreuses lectures et interprétations et notamment de la part des philosophes.


Le projet dans un coin de la tête, je décide de lire le texte original. Je le trouve sur internet. Lire en anglais est incontournable. Je l'ai fait pour tous les textes anglais ou américains que j'ai adaptés. Je décide aussi de lire d'autres traductions et je découvre que l'auteur François Bon, dont j'ai lu plusieurs livres et avec lequel je suis en contact pour des ateliers d'écriture, en a fait une nouvelle traduction qu'il a éditée dans sa maison d'édition.




Je lirai aussi celle publiée par Garnier.





Puis un jour, je me lance. J'écris un texte "d'après l'oeuvre de Melville". C'est à dire que, nourri de toutes ces lectures, j'écris une version que je jouerai. Une version à se "mettre en bouche". 
Que garder? Quelle langue utiliser? Quelle adresse au spectateur? Quelle durée? Faut-il représenter Bartleby ou le suggérer uniquement au travers de la narration du notaire?

Adapter, c'est faire des choix. Je mettrai deux ans à achever le texte, le laissant parfois reposer plusieurs mois, occupé à d'autres choses ou simplement doutant de l'intérêt du projet.
Finalement, le premier confinement de 2020 me poussera à finaliser le texte théâtral et à envisager concrètement de le partager avec des spectateurs. 

La nécessité d'être ce notaire, d'être Bartleby est bien là.