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mardi 7 mai 2019

Ce matin / 50





ce matin

parce que j'avais vu hier soir les panneaux interdisant le stationnement de 14 à 19, me suis souvenu que ce 7 mai, derrière la maison, on allait renommer le petit square en triangle: Square Maurane






m'avait fait bizarre de savoir que ce 7 mai 2018, pendant que je dormais chez moi, à quelques mètres, la belle dame se faisait la malle

l'avait croisée quelques fois en me garant devant chez elle ou pas loin, il y avait une bulle à verre devant sa maison, elle n'y est plus

il y a du soleil à l'instant, j'espère que pour l'inauguration à 18h aussi, je n'y serai pas

cette voix





jeudi 14 mars 2019

Ce matin / 49




ce matin la chambre est petite
lecture de Annie Ernaux puis de Antoine Emaz avant de présenter du Voltaire aux lycéens
la chambre est grande avec ces trois-là
un vent à tourner les pages s'essaie à travers les vitres
l'autoroute tranche au loin
il est 11h10
temps d'aller cultiver son jardin

dimanche 17 février 2019

Ce matin / 48




ce matin

la pensée regarde le corps pendant que le corps observe la pensée

la confrontation est quotidienne et chacun.e s’amuse de ces bisbrouilles addictives

bras dessus, bras dessous, ces deux-là mènent le bal cacophonique des jours

quand l’un.e faiblit, l’autre surgit non pour apporter un peu d’aide mais pour raconter que tout le monde a son lot de petites misères et de grandes espérances et qu’on ne va pas en faire tout un plat sinon on ne sortira jamais de l’auberge qui d’ailleurs fermera bien un jour ou l’autre (pourvu que ce soit l’autre)

sinon qu’à vivre avec les deux, on se fourvoie quelques fois loin de l’essentiel (qui est de bien se préparer à ce jour ou l’autre)

ça irait aussi sans corps et sans pensée





mercredi 6 février 2019

Ce matin / 47





ce matin, je me suis égaré, je cherchais à savoir ce que j’étais, ce que j’étais en ce moment, si j’étais complet, si j’étais vivant, si je pensais suffisamment, si ce que je devais faire dans les heures prochaines prouverait ce que je suis et en cherchant à faire quelque chose qui prouverait ce que je suis, je suis retombé sur la question de savoir ce que j’étais, et en retombant sur cette question vertigineuse et encombrante, j’ai réalisé que je n’étais pas, que je n’étais pas tout ce que je crois être quand je parle de moi, quand je m’interroge sur moi alors que personne, vraiment personne, ne me demande de m’interroger sur moi, et que cependant je m’interroge constamment sur moi, comme si moi était le centre de ma vie, alors que je ne crois m’intéresser qu’aux autres et donc ne pas m’intéresser à moi, ou peu, vraiment peu, je le jure, je vous le jure, je me le jure, moi je ne m’intéresse pas, je ne veux pas m’intéresser, je ne veux pas qu’on s’intéresse à moi, je ne veux pas qu’on s’interroge sur moi, sur ce que je fais, sur ce que je fais qui prouverait un peu de ce que je suis, puisque ce que je suis n’a aucun intérêt, aucune importance pour moi ni pour personne, et ça je voudrais le prouver, à moi, à vous, à tous, mais comment prouver que je n’ai aucun intérêt sinon en m’égarant hors de moi, en m’éloignant loin de moi, en délaissant ce moi prêt à inexister, en m’oubliant de moi oublié, en rejoignant l’abandon de moi, en me quittant, quitté peu à peu et que ce moi inexistant enfin se noie dans l’indifférence dont je nous
sais
tous
capables




dimanche 20 janvier 2019

Ce matin / 46







ce matin je me suis mis près de moi
aussi près de moi qu’impossible
appelant un premier baiser
la fatigue observait du coin de l’œil mi-clos
esseulée boursoufflée
distinguant le flou des heures allongées
pas de mots derniers mots confiés à la nuit débutante
fallait-il taire les mots
les effacer dans le même temps qu’ils s’écrivent
les envoyer si loin que devenus invisibles ils en deviennent inaudibles
si loin qu’oubliés au regard ils en disparaissent de la pensée-même
si loin qu’interdits à l’encre ils se dissolvent dans un noir renoncement

ce matin je me suis pris près de moi
serré fort
en flagrant délice d’étreinte
au risque insouciant et mesuré de frôler une peau absente

la forêt bruissait sans doute de nous attendre
elle seule entendait

ce matin je me suis vu prêt
quelque chose écrivait
prêt de moi












vendredi 18 janvier 2019

Ce matin / 45




ce matin sera
tomber
constaté être tombé
comme le soir
la neige de sa chaise

cherche
vieux masque
cherche hors toi à tomber souriant
cherche à tomber alors que déjà tombé

la secousse
fantôme de fatigue
de fatigue du reste
du reste d’aimer

d’aimer
qui mourait

ce matin
cherche
sinon le premier baiser
une main une peau un sexe un cri
hors toi


ça
renaître
une ultime fois

le futur cherche
un sourire enfoui
un fantôme rêvé

va
hors toi
il se dérobera si tu ne l’aimes pas




mercredi 16 janvier 2019

Ce matin / 44





ce matin, il apparaît que ce magasin de jouets à étages, labyrinthe où l’on semblait trouver normal qu’il s’égarât, alors qu’on lui avait confié la garde d’un tout jeune enfant qui n’était pas le sien, il apparaît donc que ce magasin n’existe que dans le rêve, celui qui s’était glissé entre 6 heures et 7 heures, dans la tentative désespérée de reconquérir un sommeil rétif à toute empathie pour le propriétaire des lieux

ce magasin était du toc, du vent, un château de cartes n’attendant que d’être écroulé par le réveil, effacé aussi vite qu’apparu, il n’avait peut-être rien amené de plus à la nuit, n’avait été voulu par personne, n’était ni un piège, ni une illusion à bas prix, juste un mystère tout en bois

on ne savait pas ce qu’était ce magasin, s'il représentait quelque chose, sinon peut-être l'assurance que le sommeil s’était réinstallé une petite heure
dès lors
on avait à le remercier pour cela car, oui en y réfléchissant, ce magasin avait apporté quelque chose de plus à sa nuit

ça va se dit-il, la fatigue est encore là mais l’inattendue rencontre avait apaisée certains tourments, l’enfant qu’il avait tenu dans les bras ne serait jamais le sien, il avait passé l’âge de toute façon et l’âge a parfois du bon



mardi 15 janvier 2019

Ce matin / 43






ce matin s’est installé dans son propre matin, trop tôt bien sûr, trop rêche, trop soudain, comme avançant l’heure à venir avant la précédente, arrachant les secondes et les minutes à leur logique progression, s’emmêlant les aiguilles comme des pinceaux dans un récipient échoué, chargés qu’ils sont encore de peintures croûtées et de vapeurs de white spirit

ce matin n’a que ses tremblements venteux et ses mensonges colorés à partager. Il est un bocal égaré sur le bas-côté de la journée, remarqué par personne, regardé par le vide où nul écho de nul mot ne tente plus sa chance, certain que le désert a déjà gagné

ce matin croule sous les sinon, rame pour des ça va et cherche chez Kafka le reflet de son absurde respiration





dimanche 13 janvier 2019

Ce matin / 42






notre impossible
ne se nourrit que
des rêves mal digérés (ce matin / 41)

ce matin
cherche ce qu'il y a d'impossible à
résoudre dans le sommeil qui
se fait la malle depuis
deux jours
ce doit être l'écoute
accordée si inattendue de la part d'une
inattendue rencontre en cet inattendu début d'année
parler au lieu d'écrire
on en perd
le réflexe s'il n'est pas stimulé proposé invité
si
dans les yeux brillants d'en face
la demande silencieuse ne s'étincelle pas
si
soi-même de tout on parlerait plutôt
que de soi
qui a pris le pli de
s'écrire et se camoufler à qui
mieux mots

ce matin la pluie s'effiloche sur cette fatigue incrédule
ce matin n'a aucun sinon

il n'a que ça va malgré





dimanche 23 décembre 2018

Ce matin / 41






ce matin

l'impossible a besoin de rassasier notre consolation

l'impossible a perdu le mode d'emploi
c'est qu'il se lève à l'aube et part le ventre creux
l'impossible a besoin de rameuter ceux qui comprennent
c'est qu'il n'est jamais rassasié et faiblit vite

notre impossible ne se nourrit que des rêves mal digérés

ayons comme consolation que l'impossible jamais ne nous ignore
seulement nous d é v o r e

sinon comment ferait-il pour survivre

ça va aller vieux
tu es le bienvenu
assieds-toi
prends à boire
et raconte
à l'impossible nul n'est parvenu




lundi 17 décembre 2018

Ce matin / 40




ce matin ce soir cette nuit ma nuit mon jour
mon temps fait-il aujourd'hui
gris mon saigneur
si gris que cesser de regarder
tout regarder tout le temps
tue le temps en emporte
ça vocifère en enfer
ça faut s'y faire mon malheur
tout est filmé tout le temps
filmé est filmé tout le filmé
le livre d'images n'est plus que bonus et bouches décousues
bouches à parler pour soi filmé
file même te filmer
je te me selfilme à bave qui pleut la vie
je me te suffis à voix-même
même tue les voix
filme tue des bouches
débauche de bouches de biches de bûches à venir
crème-toi jusqu'à l'avenir
crème-moi jusqu'à ta mort
extrême-moi juste à la mort
sur l'écran froid de mes nuits glacées à l'alcool pur juste et dur
le tant d'écrans chauffe
chauffe art
chauffe âge
bande âge
bande d'arrêt
bandes rôles
bande à
parle

surtout
ne regarde rien
si tu regardes
tu écoutes
surtout
n'écoute rien




CatastropheLaxismeImminenceMassacreApocalypseTerreur




s i n o n  
ç a  
v a










mercredi 31 octobre 2018

Ce matin / 24





ce matin tasse

il suffit qu'apparaisse le mot pluie dans une phrase pour que j'entre plus encore dans le refuge de la lecture

que je me sente rassuré d'être au bien chaud du livre

il suffit qu'un paysage enneigé surgisse au détour d'un plan pour m'hypnotiser devant un documentaire

au départ de «Je ne comprends pas» Nathalie Sarraute a écrit un magnifique texte
le dernier de L'usage de la parole

commencer un livre par la fin c'est toujours commencer et
commencer c'est ne pas se résoudre à

sinon ça vaut pas le goût
sauf qu'il pleut

lundi 29 octobre 2018

Ce matin / 23




ce matin urbain brumeux virant 

brun 




les rides de campagne sont plus belles plus nettes plus cartographiées

filmer une femme/un homme attablé.e dans sa cuisine les mains posées sur la toile cirée dans le silence préféré à la parole
filmer la pensée c'est filmer un temps si subjectif sans équivalent 

l'enfant du dedans se rappelle la saison des châtaignes

sinon ça hiberne
sauf et sain


dimanche 28 octobre 2018

Ce matin / 22




ce matin nouveau temps

leurre d'hiver
tromperie à la bonne heure
les abeilles
continuer sa tâche celle qu'on se donne qui respire pour soi jusqu'à (s')épuiser le réel

sinon ça va s'enchaîner comme si hier déteignait encore
sauf la mémoire déchaînée elle dès l'aube






samedi 27 octobre 2018

Ce matin / 21




un matin

il se serait aventuré dans la forêt
des hectares de forêt à perte de vie
un bain rêvé de vert et de belle absence
un enfouissement grandeur nature pour déchets psychiques destinés à décharge
une déraison salutaire
il marcherait avec sa couverture de survie se survivant à ce qui échoue de lui au milieu des autres
il marcherait
ne croisant personne d'autre que ses douteux fantômes
une pluie se mettrait à chuter
enfin
comme on souhaite tous qu'une pluie nous efface sans prévenir

sinon et sauf
dans la poche
au cas où



vendredi 26 octobre 2018

Ce matin / 20



c'est malin

je ne lirais jamais ce que j'écris
un.e volontaire pour relire le premier jet
un premier jet volontaire pour écrire à ma place
je céderais volontiers ma place à un jet quelconque pour autant qu'il ne m'oblige pas à le relire

sinon quoi
continuer à écrire soi-même sur soi-même pour son abyssal soi-même
sauf à être soi-même satisfait
on finit toujours par remplacer l'écriture par sa propre écriture





jeudi 25 octobre 2018

Ce matin / 19





ce matin

pas de rencontre avec le loup
le loup n'est pas revenu par ici
pas de nourriture pour lui dans les parages

peut-être que j'aimerais ça être confronté au loup
me demander combien de brebis attaquées cette nuit

le savoir pas loin épiant silencieux

peut-être que j'aimerais être confronté à ce genre de questions plutôt qu'à toutes les autres qui reviennent errer par ici

sinon si le loup pointait le bout de sa nuit je m'adapterais
sauf contre indication (mais de qui)

samedi 20 octobre 2018

Ce matin / 18





ce matin lillois

encore imprégné de la voix de la poésie de la fascination de Tracie Morris
écrire mettre en mouvement les vulnérabilités heureuses avec Samira El Ayachi et Sandrine Becquet ce fut bel abandon torsions retorses éloge de la vertèbre usée 
comme ce fut bon même quand ce fut limite
comme ce fut limite surtout quand ce fut bon
écouter cet après-midi Milady Renoir Arno Bertina Dominique Sigaud Nathalie Quintane
comme ce sera bon

sinon quoi d'autre de bon
sauf que rien d'autre c'est déjà pas mal bon





jeudi 18 octobre 2018

Ce matin / 17




ce matin

vous vous apercevez qu'il ne s'agirait pas de traîner non que vous vous soyez levé tard (trop tôt même) mais il vous revient qu'il y a ci et ça à exécuter avant que de

vous prendrez cependant le temps de lire un peu (La modification de Michel Butor) de préparer une salade pour le midi de repasser une chemise c'est aujourd'hui travail d'acteur dans un hôpital c'est curieux écrit comme ça mais c'est votre réalité du jour

vous espérez caser dans ces minutes comptées quelques postures de yoga pour assouplir cette chaîne musculaire (ce n'est pas ce qu'il y a de plus réussi chez vous) que vous échangeriez bien contre (contre quoi dans le fond)

vous aurez consulté votre solde bancaire et ce sera une erreur de se lancer dans la journée avec ce constat maussade que vous auriez pu vous épargner

sinon ça va aller vous dites-vous
sauf qu'il y a cent bornes à parcourir avant que de faire l'acteur hospitalier (pfffff pensez-vous)

ps : aujourd'hui vous lisez Michel Butor, hier Nathalie Sarraute et avant hier Arno Bertina (tout ne va pas si mal) vous échappez à Christine Angot, Philippe Djian et Olivier Adam (tout va très bien)



mercredi 17 octobre 2018

Ce matin / 16



ce(s) bâillement(s)

mon assiette se sent la chaise entre deux migraines
le sommeil est ennemi sachant se faire oublier
quel bel atelier hier soir au départ d'Annie Ernaux
aussi lecture du premier Tropismes de Nathalie Sarraute
mon dos s'est réveillé en même temps que moi
ça console voyelle console voyelle console voyelle

sinon non ça ira
sauf qui pleut plus beaucoup