samedi 27 février 2016

Il suffit parfois d'ouvrir la bonne porte un matin de solitude.

Depuis la modeste caméra située sur mon téléphone, il m'arrive depuis quelques temps d'enregistrer deux minutes environ de lecture. Tenant d'une main le livre choisi, avec un doigt coincé à la page suivante s'il vous plaît pour tenter une lecture la plus fluide possible, et de l'autre, le téléphone filmant, je cadre vaguement sur mon faciès à lunettes, inconfortablement posé contre mon dessus de lit (ça ne se voit pas me semble-t-il) pour tourner en une seule prise le plan fixe, quoique tremblant de la dite lecture.
La qualité de l'image et du son est médiocre, je le reconnais, mais pour l'instant, ayant égaré dans une forêt ardennaise l'appareil photo dont je disposais, j'en suis réduit à ce bricolage et cet artisanat.
Lorsque les finances seront meilleures (science-fiction), je promets d'améliorer ces micro-films.
L'essentiel est de s'exercer, j'aime lire à voix haute, j'aime ceux qui lisent à voix haute. J'écoute et visionne tant que je peux acteurs ou auteurs lisant (France Culture, Youtube, Dominique Blanc, Jacques Bonnaffé,...) et si je me suis lancé (j'y songeais depuis la création du blog précédent) c'est aussi grâce à la formidable énergie qui se dégage du travail d'écriture sur le Web de François Bon.

http://www.tierslivre.net/

François Bon partage, diffuse, déploie, engouffre, lance, répand, contamine, révèle tout ce qui tourne autour de l'écriture, des écritures, mots, photos, vidéos, traductions, ateliers. Une autre idée de l'auteur émane de son site tentaculaire et foisonnant (mais remarquablement construit), celle d'un auteur en gestation permanente, en questionnements incessants, en quête d'échanges et de passerelles, de rebonds et de circulations multiples. Pas de hiérarchie des écrits, des formes et des supports, seulement l'idée forte que écrire peut se faire ensemble, ping-pong dynamique et chargé du désir de creuser inlassablement la matière, avec la capacité infinie de l'émerveillement renouvelé.


Il suffit parfois d'ouvrir la bonne porte un matin de solitude pour capter un flux inattendu et porteur d'audace.

En créant ce nouveau blog, sentant la nécessité plus intense chaque jour de partager avec ceux qui le voudront tout ce qui me traversera tête, cœur et corps et qui se reliera à l'écrit (quels que soient formes et supports bien sûr), je sais tout ce que je dois à cet auteur dont je connaissais un peu le théâtre (j'avais lu "Daewoo" il y a un moment) et dont je parcourais le site régulièrement. Grâce à une vidéo postée il y a quelques années où on voit Jean Echenoz à table avec Pierre Michon, je m'étais mis à lire tout Echenoz. Dernièrement, j'ai acheté du Michon qui est en attente de lecture.

Aujourd'hui le contact s'est établi, l'accueil est simple, fraternel, stimulant. Surtout, il faut lire ses bouquins. En ce moment, je plonge dans "Autobiographie des objets" (Point Seuil) et "Fiction du corps" à lire sur son site (20 euros et accès à de nombreux titres et à une partie encore plus touffue du site).



Et j'ai commandé "Sortie d'usine" (chez Minuit), son premier livre.


Enfin, comme je traîne depuis un moment l'envie de me coltiner à "Bartleby" la sublime nouvelle d'Herman Melville, j'ai découvert qu'il en avait fait une traduction. C'est pas un formidable hasard ça?



http://www.dailymotion.com/video/xr7k2m_autobiographie-des-objets-francois-bon_creation

An englishman in New-York: une histoire de point de fuite.



Si point de fuite, point de salut.
Si point de salut, point de rencontre.
Si point de rencontre, point de rupture.

A l'arrêt ou en mouvement?

Dépassé. Reflété. Roulé.
Saturé.

A belgian man in Bruxelles.

Droit devant. Toujours.
No return. No stop.
No attention.

Qui regarde le décor?
Pour qui sont ces couleurs?

De béton écrasé.
Couloirs, couloirs, couloirs.

Quelles perspectives?


https://www.youtube.com/watch?v=mrlchJVysvA




jeudi 25 février 2016

Ne pas mentionner l'oiseau.

"Décrire un paysage vu par un oiseau. Ne pas mentionner l’oiseau"

Exercice de John Gardner relayé par François Bon dans ses ateliers en ligne.
Tenté l'expérience rapidement, dans le cadre des Ecoutes Bienveillantes.
Réunion ce soir et partage des textes.
Toujours un régal.



1.
Le rectangle blanc taché de mousse verte est immuable à chaque passage. La lucarne en son centre est toujours fermée. Ce matin, alors que la brume persistait à s'accrocher aux cimes des sapins de la forêt avoisinante, une silhouette en tenue sportive est sortie de dessous le rectangle, toussant à intervalle régulier durant le trajet qui l'a menée au grand rectangle de tôle grise. Au moment de disparaître à l'intérieur, la silhouette râblée en a croisé une autre, plus massive, de jaune vêtue. La juxtaposition de ce jaune piquant et du bleu turquoise m'a rappelé les cousins qui vivent sous l'Equateur et que les touristes photographient sans relâche, dans l'attente de les voir produire un son reconnaissable par eux. Malgré la présence d'un nombre important d'arbres tous semblables autour du rectangle gris, arbres dans lesquels on pouvait reconnaître le souffle du vent, un ensemble d'exclamations a été entendu au moment du croisement entre bleu et jaune. Cela n'a pas duré longtemps. Il s'est mis à pleuvoir et le gravier irrégulier des allées a vu s'accumuler des eaux stagnantes dans lesquelles on pouvait se mirer à l'envi. Je ne m'en suis pas privé.

2.
Tenté atterrissage sur le toit trempé de l'habitation, surface rendue glissante par les particules verdâtres tombées du boulot dont les branches pleuvent sur une partie importante de la zone.
Opté pour l'aubépine qui sépare le terrain habité du champ des vaches.
Constaté que malgré ma taille, peu commode de se frayer un chemin dans cet arbuste retors.
Echaudé par cet inconfort, dirigé vers le véhicule bruyant où trois gars vidaient de gros volumes qu'ils faisaient basculer en les accrochant à l'arrière de l'engin.

Remarqué que l'odeur était insupportable et opté pour le lampadaire encore allumé malgré la nuit achevée.
Observé un monstre turquoise sur le chemin boueux, apparemment contraint par la pluie à marcher rapidement vers l'habitation. De la fumée sortait de sa bouche chaque fois qu'il enlevait le petit morceau blanc qui pendait à ses lèvres.

Soulagé que les structures en bois où les petits de monstres jouent d'habitude restent désertes. La météo est avec moi.

3.
Cubes ( bonne soixantaine) d'où sortent figurines pressées et emmitouflées dans vestes et pulls chamarrés . Toiles meurtries accolées aux cubes, doublant surface au sol ou couvrant plancher qui supporte table et chaises en plastique blanc ou bleu. Sable formant  minuscule plage carrée au centre du terrain où trainent depuis hier sceau rouge, râteau bleu clair et bonnet orange. Surface verte plus loin, bordée par bande blanche et séparée en son milieu par filet. Agitation et circulation tout autour pour récupérer petite balle qui reçoit multitude de frappes. Spécimens sortis des toiles et entrés à toute allure dans mobiles qui avancent lourdement, dégageant vapeurs nauséabondes. Inutilité du séjour ici et départ vers ailleurs.