vendredi 30 décembre 2016

L'attente / 12. Variations 3




L’attente attend ça n’a pas changé depuis la dernière fois.
Le pli attend la mise.
La mise attend le vert.
Le ver attend le fruit.
La pomme attend Eve et Newton.
L'éclat attend le coup.
L'imprévu attend l'habitude.
Le définitif attend prostré.
La simplification attend l’idée toute faite.
La limace attend mange digère attend mange digère attend.
La planche attend le dessinateur.
La bulle attend le texte.
La saison attend l'épisode.
Le mendiant attend main tendue regard baissé grelottant aucune pensées.
La commande attend le bon.
Le bon attend la brute qui attend le truand.
Le charnier attend d'être découvert.
La vitre attend le laveur.
Le laveur attend le raton.
Le pitre attend le chat.
L’impétuosité attend la modération.
Le béton attend d'être armé.
L’ivresse attend le bateau.
Le bateau attend de mener en.
La prison attend l’évasion.
L’évasion attend le paradis fiscal.
La reconnaissance se fait attendre.
Le cierge attend le con.
Le con attend l’amour.
L’amour attend dissimulé dans des signes si ténus.
La délation attend de dos avec un œil dans son col.
Le pirate attend de face d'un œil un seul.
L’œil attend sous la paupière.
La paupière attend pour cause de fermeture.
Le volcan attend qu’on l’oublie.
La démente attend qu’on la lave.
L’oubli attend que la douleur ait fait son temps.
Les spermatozoïdes attendent groupés en se racontant des histoires salaces.
La semence attend son semeur.
La vieillesse attend et se meurt.
La sagesse attend la vieillesse et c’est long.
Le regard attend se vide se noie dans les larmes retenues.


lundi 19 décembre 2016

Un monde étriqué.



récemment à mon oreille, tu as un problème avec l'alcool

et avec Noël, avec le bruit, avec les groupes, avec l'obligation de boire comme tout le monde, avec l'obligation de m'amuser comme tout le monde, au même moment, de la même manière

avec l'obligation

ca veut dire quoi s'amuser

le regard incrédule ou offusqué de celui ou celle qui s'entend dire par moi que non je ne viendrai pas à ce réveillon ou cette sortie, que non je ne le sens pas, sachant fort bien le déroulé alcoolisé de la soirée et l'isolement qui sera le mien à ne pas embrayer dans le mouvement collectif

m'a réveillé à 6h45 cette humeur, après 4 petites heures de sommeil

très sérieusement, mes oreilles ont bondi l'autre jour lorsque, tout aussi sérieusement, les mots si tu ne viens pas, je serai réellement choquée m'ont été jetés manu militari à la face, pas une once d'humour ou de second degré, non une flèche décochée à la seconde de mon refus

me donne juste envie de trouver mon lac Walden

non seulement, il me faudrait venir, mais encore manger (beaucoup), parler (de quoi, aucune conversation n'allant jamais très loin, entre qui veut encore du rosbeef/tu peux couper du pain/y a encore du vin), et pour traverser tout ça, boire des sulfites déguisés en bouteilles de vin

je n'ai jamais beaucoup bu
et n'y peux rien si
en prenant de la bouteille
deux gorgées de vin me broient déjà le crâne
et une bière d'abbaye me voit lourd le lendemain
(j'apprécie les premières gorgées)

dictature de ce qu'il faut faire et comment et à quelle date et du sourire à arborer et la joie d'être ensemble et s'enivrer et chercher un autre siège au retour des toilettes et se rendre utile en débarrassant les assiettes vides et arriver en cuisine ou ça cause aussi fort qu'à côté

suis-je malpoli, associal, méprisant, extraterrestre, ours de chez ours

suis-je libre

problème avec l'alcool, problème avec le groupe, problème avec le bruit

problème avec le rôle

finis par devenir un problème à moi tout seul il semblerait

pour qui

s'arrange pas en vieillissant lui

pas pour moi

le problème se situe où

chez moi

quand je me retrouve au milieu de plusieurs personnes qui parlent en même temps, de conversations croisées, mes oreilles crient au secours, mon cerveau bat la campagne, l'ensemble des mots prononcés produit un seul amas confus, une tornade, où je me noie

chez l'autre

l'entourage (qui ferait office de famille quand celle-ci n'existe pas) est exigeant, intolérant, inattentif, égocentrique, aveugle et sourd



causer avec une personne à la fois
là est mon plaisir
prendre le temps
se poser avec l'autre au bord du lac
contempler
laisser venir les pensées
ne pas se ruer sur les premiers mots

un peu de sens
au calme

sinon oui je mords
ou
je
fous
le
camp
au
bord
du
lac


JOYEUX NOEL


Je voyais un reportage sur cette femme qui vit en yourte près d'Alès et les soucis qu'on lui cause (la mairie) et le dérangement qu'elle semble occasionner à son voisinage qui ne tolère pas cet habitat autre.
Ma yourte imaginaire semble déranger aussi.
Dans quel petit monde étriqué vivons-nous...






lundi 12 décembre 2016

Fragments des dernières 24 heures



- la soirée en partie à regarder des buffles musqués dans le grand nord norvégien - qu'est-ce qui m'hypnotise dans ces documentaires dès qu'il s'agit de neige de nord de froid - la lecture de Jack London ces temps derniers - lecture de Thoreau et d'Emerson - après celle de Thomas Giraud qui a consacré son premier livre à l'enfance et l'adolescence d'Elisée Reclus - un lien à tout cela - nature où es-tu nature quand les heures sont passées à alimentairement ravaler sa fierté - ou à s'épuiser pour absence d'euros à brasser du Gorki - plaisir de la recherche - ce n'est pas rien - nature bruissement feuilles brume écorce mousses - ce n'est pas grand chose - ce m'est tout

- écoute d'une lecture de Ce qu'il faut de Corinne Lovera Vitali par Anne Savelli -  lecture tellement belle que volonté de l'acheter sur le champ - plusieurs tentatives de paiement par Visa avec un cadre rouge pour code erroné au final - quelle plaie ces pratiques numériques en strates de paiements sécurisés - j'arrive encore à lire des chiffres et à les retranscrire dans la bonne case - bien essayé de me faire passer pour un ours dépassé - ne tiendrait qu'à moi que cet argent si modeste je le donnerais directement et en main propre à Corinne Lovera Vitali - je rêve d'aller rémunérer les auteurs en direct live - oui et même de prendre le temps d'un café - tellement plus simple et humain - des auteurs naturels - sans sulfite ajouté - sans intermédiaire - vais faire la liste de ceux qui




- papa j'arrive pas à dormir - il est 23h40 mon bonhomme - ton examen de maths demain - mince - tu vas être crevé - tu veux dormir avec moi - la phrase qu'on n'ose plus prononcer à cet âge - le sien le mien - l'insomnie a quitté son corps qui s'apaise vers 1h du matin pour gagner le mien qui ne dort pas tant le souvenir des nuits passées à rassurer le petit - rassurer le grand - le vieux

- il part matinalement - le gamin au centre du labyrinthe - son nom dans les chapitres du Journal du Tribunal - il part sans fatigue apparente - moi oh moi - les cauchemars de la nuit et les coups de genoux du petit - 14 ans et tu l'appelles petit - assomment le vieux jusqu'à 8h30 - en retard de dépôt de comptabilité - demain non tant pis pas le courage d'affronter couloirs attente bureaux tronches de ronds de cuir à qui faudra justifier le retard - demain - procrastination coupable - si tu ne trouves pas une heure dans les bois tu deviendras fou - dis la voix




- une heure - un cadeau avec deux écureuils - un arbre à perruches - un faucon ou une buse - deux ânes - un train - des troncs coupés - des joggeurs - des images à la sauvette - marcher - marcher - même pas préparer la répétition de Gorki qui suivra - marcher entouré d'écureuils - les deux aperçus - et la sensation de tous les autres qui observent - une heure - une heure de pur bonheur - rien coûté

- bon... - on joue dans 5 jours... - bon... - on n'y est pas encore là... - bon - traverser des minutes de sidération complète - froid de canard - on grignote du chocolat et des noix de cajou - Gorki sors de cette scène - on s'y remet - ah voilà - voilà... - bon les gamins attendent - à demain - oui à demain - on y arrivait mais la responsabilité paternelle - maternelle - tous les rôles




- doute de 18h16 en pleine circulation, on nous a pas rappelé pour le test de demain mardi 18h sur les usagers du vélo - non ca veut dire qu'on n'est pas choisi - 40 euros pour deux heures - pas cette fois - à quoi ça tient - 40 euros à ravaler - l'argent a un sale goût

- reprendre le Journal du Tribunal - journal de 10 ans de vie - journal qui dirait pourquoi en être arrivé à chercher 40 euros - dodo





jeudi 8 décembre 2016

Après hésitation



renonce
renonce résonne tout le jour
le soir
une voix en radio dit
l'immobilité
la cabane juste la cabane
la même promenade sans relâche
seul le voyage
sur les pas de ses pas
la pensée encombre
la voix dit après hésitation
chaque fois elle tâtonne
la voix dit là ce qui est senti ici
au dedans de soi
simplement
elle devient voix pour soi
renonce
le feu rassemble
les heures du soir
renonce aux pensées
le feu la voix le soir
écoute
simplement
après hésitation
elle dit
pour soi
comme soi
la promenade
renonce
la cabane
juste la cabane
le feu
la forêt

mercredi 23 novembre 2016

L'attente / 11. Vers le ciel.






C’est en arrivant en haut des marches qu’elle a réalisé, l’attente, qu’elle était enfin arrivée en bas. Elle s’est retournée, a baissé les yeux et constaté ce qui restait à monter. Après une courte pause, un peu d’eau de pluie dans le gosier, elle a repris en sens inverse et cheminant tout en descente, elle a réalisé qu’elle s’élevait petit à petit. Toujours décidée, elle a progressé tête levée vers le ciel et s’enfonçant toujours plus dans les creux de l’ascension, elle en a perdu tout sens de l’orientation.

Ne lui restait alors qu’à s’asseoir pour un temps infini et à contempler l’horizon qui s’étendait du bout de ses pieds au sommet de son crâne. La nuit venue, se confrontant à une obscurité complice, elle s’est remise en route dans d’autres directions, confondues les unes aux autres et, des larmes plein le regard, elle a enfilé les mètres, les moments, les vides, les obstacles, avec une pugnacité qui force l’admiration.

Il pleuvait toujours et, ne se laissant jamais assécher, elle s’est enivrée, l’attente, de cette liberté si rudement gagnée.

dimanche 20 novembre 2016

Le Ion.




Comme il a bon le Lion qui mange l'ordinateur, surtout la lettre L.

Ne garde que l'I, l'O,l'N.
Et Ion devient par la force de la mâchoire.

La savane s'étonne et entonne la rumeur.
D'autres bestiaux avides de changement d'identité quêtent le repas informatique.
Jours et nuits et autres périodes de laps de temps sont dévolues à cette chasse.
Écrans, claviers et disques durent occuper les lieux avant la vague.

Le Ion quant à sa personne allégée digère les fragments du L et baille indifférent.

Sourd soudain le bruit qui déferle à nouveau sur les territoires tannés.
Des milliers de paires d'oreilles n'en croient pas leurs yeux.
Un flot plus abondant encore s'écroule comme chié des continents.


Joie indescriptible des gueules repues et des estomacs hilares.


La giafe renaît du manque d'R.


L'eleant recrache son P et son H.


La gazee frétille des deux L justement vomis.


Le srpnt siffle mieux que le voici débarrassé de ces E redondants.


Tous appellent de leurs vœux vagues et vagues de déchets et que ne s'interrompe jamais le mouvement impulsé par le Ion, roi de la avane qui elle-même vient de changer son S en excrément poussiéreux.

dimanche 13 novembre 2016

L'attente / 10. Variations 2





La patience attend.
Le ticket attend le patient.
Le patient attend son tour.
La pipe attend Simenon.
Le tunnel attend sous la manche.
La raison attend son cœur.
La bière attend la mise.
La file attend l'indienne.
Le contrôleur attend main tendue.
La haine attend la peur.
La jungle attend Tarzan.
Le costume attend le rôle.
Le rôle attend l'extrait.
L'extrait attend d'être choisi.
Le diaphragme attend le rire.
L'opinion attend le consensus.
L'arrêt attend provisoirement définitivement c’est selon.
Le futur attend avec consternation.
La foi attend la profession.
Le pneu attend l'éclatement.
Le singe attend l'hiver.
Brest attend le tonnerre.
Le loup attend la lune.
La victime attend le bourreau.
La vérité attend d'être révélée.
Le miel attend le rhume.
La grue attend par-dessus tout.
Le phare attend vaguement.
La glace attend la fonte.
La joie attend l'hymne.
La force attend de constater.
L'agneau attend le silence.
La corde attend guindée.
Sébastien attend parmi les hommes.
Le générique attend de défiler.
La surface attend de planer.
L'aventurier attend que ça se calme.
Le grenier attend qu'on veuille bien se souvenir de lui.
Le parachute attend l'ouverture.
Le sommeil attend les yeux fermés.
L'insomnie attend en ricanant.
La vie attend le coeur battant.

samedi 5 novembre 2016

Nature. Lecture. Ecriture.



Nature.
Lecture.
Ecriture.

En retard de tout partout oui.

Il me faut la nature comme nourriture quotidienne oui.
Il me faut la lecture comme expérience salutaire oui.
Il me faut l'écriture comme chemin d'oxygène oui.

Dans une journée, tout faire pour opérer un détour par un parc (pas trop aménagé si possible), un morceau de forêt voisine, promesse de fascination renouvelée oui, à chaque pas.

Marcher pour lire le temps et le monde, en tout cas ce que je souhaite en voir, ce que j'arrive encore oui à en supporter.

Marcher pour fuir la marche de masse aveugle et oui suicidaire.

Marcher pour oublier la mort urbaine et s'inventer monde, si pas meilleur, différent oui, monde de sens où les éléments sont à leur juste place, ni plus ni moins, au cœur d'un processus réellement collectif, maillons d'une chaîne qui unit passé, présent et futur, la vie oui.

Marcher dans les clichés? Apaisement des sous-bois, émerveillement d'un peuple de champignons sur un souche en décomposition, torpeur des rayons solaires qui traversent les feuillages, la nature attend et travaille oui à son rythme et s'y fondre, s'y confondre, s'y perdre et s'y retrouver. Oui cliché. Si bon.

Nature, lecture, écriture.

Ces temps-ci, impossibilité d'arpenter encore la ville devenue ce qu'elle est, lieu d'errance et de bruit, de saleté et de destruction oui.
A l'approche du projet qui me verra plonger dans "Walden ou la vie dans les bois" de Henry-David Thoreau pour en faire un spectacle, tout simple oui sans rien, dans le dénuement, j'ai eu la tentation de retourner vers les écrivains qui ont ancré leurs récits au cœur d'une nature rude, belle et indomptable.
J'ai repris Robert-Louis Stevenson et lu "Les Gais Lurons" où la tempête déchaînée au large de l'île d'Aros entraîne un homme dans la folie et la démence.
Je suis revenu à Jack London, plus jamais lu depuis l'enfance, et dévoré "L'amour de la vie", où un homme s'épuise à marcher dans la rudesse de l'Alaska sous le regard affamé d'un loup squelettique.
J'ai entamé ce matin "Elysée, avant les ruisseaux et les montagnes" de Thomas Giraud, dont le premier chapitre déjà m'a captivé, pour découvrir la personnalité d'Elisée Reclus, ce géographe libertaire, auteur de "L'homme et la terre", dont je ne connais rien oui.

Je marche.


jeudi 3 novembre 2016

L'attente / 9. En toute connaissance de cause.



25 ans nous séparent. Environ. On ne connaît pas très bien son âge.
Il entre dans l'oubli de sa vie, de ses repères, de la clarté des choses et du monde.
Il parle peu, la télévision est son lavage quotidien.
Aujourd'hui, en plus de cette maladie, on lui en diagnostique une autre, étendue, répandue, nulle hésitation semble-t-il. Elle s'est multipliée dans son corps, a quitté un organe pour en rejoindre d'autres dans un grand partage indésirable.
Il ne s'est pas soigné, n'a pas fait de suivi lorsqu'il y a dix ans, la chose est apparue. Dix ans plus tard, la chose a fondé une famille et occupe le terrain.

Chez moi, la même chose, identiquement logée, s'observe à intervalle bi-annuel.

Rythme de vie à la recherche de pulsion de vie suffisamment forte.

Il nous faudra bien disparaître un jour, de notre existence, de notre corps, de notre avenir.
Une fois les premiers signes francs de cette disparition, nous n'avons d'autre choix que de marcher avec elle, en toute connaissance de cause (et de ces effets, pas sûr), alors autant se mettre à siffler pour alléger cette marche.

Sa fille, sur sa page Facebook, au retour de l'hôpital a écrit ceci:

"Lui il s'en fout, il siffle.
Ses oreilles se sont bouchées. Il a laissé pousser des oliviers dedans.
Il chante en turc dans le métro bondé...il se rappelle des temps inconnus de nous.
Il a dit aux docteurs "Alzheimer, moi? Pas du tout! Cancer? des conneries!"


La maladie attend. Je l'attends. On s'attend.

mardi 1 novembre 2016

programme.jour.2.




.échelonner souvenirs indésirables.laper larmes en conscience.agrafer rudement les masques.consolider jusqu'à sueur heureuse.joindre les bouts aux lambeaux.rassembler comme pour un départ.mentir à raison.agrandir les retours programmés.orner les yeux de louanges.innonder les gouffres apparus.

.parler encore.

.écarter dangers de toutes parts.saluer haut les paysages.frémir sous les feuillus.ignorer les cris comme le passé.s'enfoncer couvert d'humus.fendre à pierre nue.dormir sans raison.pourvoir si jamais une révélation.élargir les retours espérés.miser sur les creux.napper la peur de brumes opaques.

.avancer encore.

.cueillir à même la peau.mélanger un deux trois quatre.rougir en état lointain.dévaler les années comme rien.épaissir d'avoir attendu quoi.construire aveuglément par amour.figurer les sourires primitifs.entendre ceux qui dorment.gravir les éclats d'époque.napper les impressions d'oubli facile.

.ignorer encore.



vendredi 28 octobre 2016

programme.jour.1.



.acter chaque seconde morte.manger les bouches veules.rester groupé autour du mal.arrondir les écueils.graver loin dans les muscles.éponger le surplus d'ignominie.gronder plus sourd que le tonnerre.écumer le ventre deuil.élaguer territoires envisagés.gloser sur le mieux à faire que.pilonner la pensée couvercle.nager loin après.rentrer le bois frère.


.rire par superpositions.


.gifler les phrases intentions.tailler la part restante.retenir pensées en fuite.donner corps aux désirs fulgurants.singer sarcasmes modes.vomir les constructions traditions.laver rien que les yeux.détruire jusqu'à satiété.épuiser les joies enfouies.camoufler le ventre peur.générer loin dans les tissus.accomplir le plus inouï que.lancer bien au-delà.


.jouir par soumissions.


.foncer tête coupée.soupirer au fond des crevasses.tenter rien que le diable.gesticuler jusqu'à séquestration.ourdir vengeances velours.obturer le ventre mémoire.naître projeté sans façon.dépecer les objets sournois.rouler serré aux côtés de.ranger les silences souvenirs.effacer moments maîtrisés.découvrir couleurs inconnues.énoncer le non perdu.


.souffrir par obsessions.


.over.



mercredi 26 octobre 2016

L'attente / 8. Variations 1.







L'attente s'attend.
Le sol attend la feuille.
Le guichet attend le formulaire.
L'encre attend le cachet.
L'ancre attend le fond.
Le quai attend le suicide.
L'espoir attend la déception.
Le gant attend la main.
Le baiser attend la suite.

Le sujet attend l'objet.
La tablette attend le doigt.
La cuvette attend les yeux fermés.
Le chat attend la souris.
La souris attend en riant.
Le mur attend le migrant.
La tête attend la migraine.

Le néon attend de clignoter.
La cheminée attend le Père Noël.
Le Père Noël attend la pension.
L'élève attend la sonnerie.

Le kiosque attend la musique.
La cigale attend le silence.
Le ciel attend couvert.
La punition attend la menace.
La route attend l'accident.
Le feu attend l'artifice.
L'artifice attend d'être démasqué.
La chaise attend assise.
La prison attend son crime.
Le lacet attend son nœud.
Le noeud attend son marin.
Le marin attend son horizon.
Le nerf attend la guerre.

La prostituée attend la fin du jour.
La prostituée attend la fin de la nuit.
Le soir attend devant la télévision.
Le pied attend d'être pris.
Le sel attend l'esprit.
Le monde attend d'être imprimé.
Le mort attend pour longtemps.
Le fantôme attend dans les couloirs.
Le sexe attend le sexe.
L'heure attend son tic et son tac.





mercredi 19 octobre 2016

L'attente / 7. Le centre de la chambre.




La chambre a perdu son centre. Elle chavire, tangue, vacille.
Elle attend.
Elle se résume à sa surface inoccupée, son volume maladroit, son odeur de sommeil interrompu, ses murs punaisés, sa porte couverte de cartes à jouer, sa fenêtre dominante, son plancher inégal, son plafond à toiles d'araignée, son lit refuge, ses draps en cabane, ses étagères en heures de pointe, ses cadres à mémoire, ses affiches en lambeaux, ses vêtements presque sales, ses jeux à l'ancienne, ses livres à secrets, son bureau champ de bataille, son désordre comme signature, sa poussière tapie, sa lumière éteinte depuis 7h30.
Elle attend.
Elle est encore le chat qui somnole sur la couette chiffonnée, le rideau qui filtre le dehors incessant, le linge humide de la veille.
Elle attend.
Elle regarde le spectacle d'une rue qui lentement plonge dans le raccourcissement des journées.

Elle attend.

Son attente commence un mercredi matin et comptera les jours jusqu'au prochain mercredi midi.

Elle attend, elle aussi.



mardi 18 octobre 2016

L'attente / 6. Tant de libertés prises à son égard.



L'attente perdait son temps. Cela en devenait déprimant. Rien ni personne ne se présentait à faire piaffer d'impatience. Il y avait ce jour-là une sorte d'absence d'urgence, un abandon de la frénésie collective, un relâchement de la tension individuelle. Une stagnation du stress-roi.
Elle fut obligée de regarder alentour, rendue à une solitude nouvelle, contrainte de poser sur le monde un regard autre. Elle vit des plantes grandir à vue d'âme, des arbres flotter de concert, des ciels se mélanger sans vergogne, des humains enchaîner leurs occupations dans le temps présent nécessaire à chacune d'elles. 
L'attente eut le sentiment que tous les éléments vivants qui l'entouraient, selon une temporalité propre, développaient une vie autonome où ni empressement ni appréhension ni oppression n'étaient de mise.
L'attente en resta muette et comme pétrifiée de tant de libertés prises à son égard.
Dans un silence inhabituel, elle se leva, prit une pierre lourde qui traînait là et se frappa la tempe d'un coup bref et puissant. Elle perdit connaissance.
Au réveil, rien n'avait changé.
Tout coulait.



samedi 15 octobre 2016

L'attente / 5. Lombrics et pucerons.



Ce matin, le reflet dans la porte vitrée de la guirlande lumineuse qui parcourt ma bibliothèque se confond avec le monstrueux plan de tomates qui termine sa saison au fond de la cour.

Deux vieilles vestes chaudes s'aèrent depuis hier des odeurs tenaces que de longs mois de confinement au fond du garage ont favorisé.

Trois poivrons tentent malgré la pluie d'atteindre l'objectif que je leur ai fixé, terminer dans nos assiettes pour ma plus grande fierté.

Une chaise en plastique blanc se souvient des heures de lecture sous la protection du potager.

Des centaines de lombrics s'activent dans leur caserne de compostage, jamais avares de labeur glouton.

Une petite fougère est venue se nicher à deux mètres du sol entre trois briques disjointes et amène un peu de forêt dans ma cité.

Une capucine bienveillante accueille des milliers de pucerons, visiteurs d'automne incongrus et heureusement ici rassemblés.

La cour attend.




jeudi 13 octobre 2016

L'attente / 4. Encore à s'observer.






L'attente a de suite remarqué sa présence. Peut-être que le mouvement de s'asseoir avait eu lieu simultanément. Ou peut-être, probable, qu'elle était déjà là l'autre, sagement assise comme espérant une compagnie, scrutant une victime.

Le monde pendant ce temps vaque. Guerres, loteries, chasses aux lions, pornographies. Chacun s'occupe.

Et elles deux, toujours assises face à face.

Rien n'arrivait qui aurait dû arriver si le cours des choses avait bien voulu un tant soit peu faire son boulot correctement et sans rechigner comme c'est le cas trois fois sur deux.

Le monde pendant ce siège vit. Insultes, rumeurs, tartes à la crème, mains au cul. Chacun se défoule.

Et elles deux, encore à s'observer l'air de rien.

Jamais rien à offrir à la patience et à la mesure, à la tempérance et à l'espoir. Seulement un sourire impavide doublé d'un sarcasme à peine étouffé.

Le monde pendant ce duel bouge. Inondations, larmes amères, ventes d'armes, harcèlements. Chacun se vide.

Et elles deux, infiniment liées, rien à faire.

Au fil des heures longues, des heures denses et froides se sont ajoutées au point de former un amas de temps informe et dévorant.

Le monde pendant ce temps.

Et elles deux.

Sur ce, l'insatisfaction s'est levée d'un bond et est sortie répandre sa bile jalouse ailleurs et partout.



dimanche 9 octobre 2016

L'attente / 3. Volcan.



attente
n'en pouvait plus
définitivement
comme volcans endormis se rappellent sans prévenir

depuis combien de vagues impressions
croupissait là
regardait qui à gauche qui plus à gauche plus bas
tantôt yeux paupières fermés closes
à droite même parfois ou plus à droite plus haut
tantôt oreilles tête bouchées penchée

croupissait là
depuis temps pas humain
butait contre
chaque lieu pas humain

là qui est vide
là qui est occupé
là qui est vague
là qui est endormi

rien rien trois fois rien et même plus
plus rien
n'arrivait au devant de son regard muet

oubliée

était oubliée s'était oubliée avait fait son temps

attente
explosa


lundi 3 octobre 2016

Emancipation



L'histoire d'un enfant est la somme des questions laissées sans réponse.
De ce vide, l'enfant tire sa capacité d'émancipation.

Extrait de Ma vie d'enfant librement inspiré du texte de Gorki.


Maman ?
Pourquoi tu reviens vivre avec nous ?
Pourquoi tu as eu un autre enfant ?
Pourquoi il n'est pas avec toi ?
Pourquoi grand-père veut te chasser ?
Pourquoi vous criez ?
Maman ?
Pourquoi je dois aller à l'école ?
Pourquoi tu veux m'apprendre l'orthographe ?
Pourquoi aussi les dictées ?
Pourquoi aussi la grammaire ?
Pourquoi je me trompe tout le temps ?
Pourquoi tu me punis ?
Pourquoi tu cries ?
Maman ?
Pourquoi tu ne te coiffes pas ?
Pourquoi tu as les yeux gonflés ?
Pourquoi tu n'es pas toujours la plus belle ?
Pourquoi tu n'es pas heureuse ici ?
Maman ?
Pourquoi grand-mère saigne de la tête ?
Pourquoi grand-père frappe grand-mère ?
Pourquoi je ne peux pas venger grand-mère ?
Pourquoi grand-père me frappe ?
Pourquoi grand-père me frappe encore ?
Pourquoi grand-père frappe encore grand-mère ?
Pourquoi vous criez ?
Maman ?
Pourquoi grand-père veut que tu te maries avec l'horloger ?
Pourquoi je dois avoir un autre père ?
Pourquoi tu ne veux pas te marier avec l’horloger ?
Pourquoi tu veux t'en aller ?
Pourquoi vous criez ?
Maman ?
Pourquoi tu ne me réponds jamais ?


L'histoire d'un spectacle est la somme des questions auxquelles on a tenté de chercher une réponse, sans forcément la trouver. De ces errements, le spectacle tire sa beauté, parfois.