dimanche 26 juin 2016

Autobiographie aux noms propres




expulsion Clinique St Jean rue du Marais centre Bruxelles soleil de juin, constatation être gémeaux
installation obligée 34 avenue Van Beesen commune de Jette, très commune et paisible entité de Bruxelles non loin de Molenbeek la décriée un demi siècle plus tard
panades, biberons, siestes deuxième étage appartement deux chambres entre Lydia mère hollandaise employée à Compagnie Générale de Signalisation Lumineuse et Raoul père moitié français (région Reims si mémoire fiable) représentant en matériel électrique pour je sais plus qui
poussette, courses à superette avenue Giele à 100 mètres ou quartier du Miroir (tous commerces) ou encore épicerie tenue par monsieur Piret, si peu épicier et si pédophile, passons
balançoire au jardin d'enfant avenue Woeste toujours à Jette, garderie privée dirigée par Paulette Gustin avec puéricultrice Miette je sais plus comment dont chouchou dixit ma mère, griffe de chat sur paupière toujours là
dimanches chez grand-mère Angèle avenue Jacques Sermon commune de Ganshoren contiguë à Molenbeek aussi, gâteaux, cakes et bavardages entre français, flamand et hollandais
vacances régulières en Suisse au bord du Lac Léman à La Tour-de-Peilz chez Yvonne soeur de ma mère devenue marraine, batifolages en piscine de Vevey et rencontre le samedi matin au marché avec vedettes dont noms connus bien plus tard, David Niven James Mason, mari de la marraine copain avec Géraldine Chaplin enfin c'est ce qu'il prétend, tout ça entre 0 et 15 ans ne veut rien dire
vacances encore à La Panne dernière station avant la France ou en Drôme à Dieulefit ou Poët-Laval ou Sanari au bord de la Méditerranée et que le soleil comme souvenir évidemment les photos ne sont faites que ces jours-là
mercredi après-midi auprès voisine de palier, plantureuse africaine madame Merlin, nom enchanteur dites-le et devant sa télé découverte de Belle et Sébastien (plus la suite avec identification complète dont toujours pas remis), Zorro, La Piste aux étoiles avec Roger Lanzac et Pierre Etaix ou je me trompe
immersion dès six ans au Collège du Sacré-Coeur, rue Louis Delhove commune de Ganshoren encore derrière Basilique de Koekelberg où première et seconde communion comme ça c'est fait, madame Gignon comme première institutrice et tout roule en enfant modèle
tentatives de clubs sportifs comme football à Anderlecht avec célébrité nationale Paul Van Himst d'où horreur du foot (toujours pas remis non plus), comme judo en dépassant pas ceinture jaune salle de l'Institut de la Sagesse, école voisine pleine de filles (la mienne pleine de garçons, toujours pas remis rebelote)
visites trop régulières au docteur Jamez, impressionnant moustachu qui hospitalise à la Clinique Molière, comment échapper au théâtre après ça, seule période où amaigrissement inexpliqué à l'entrée de l'adolescence et heureusement compensé largement depuis
immersion petit à petit catastrophique dès 12 ans à l'Institut Saint-Louis rue du Marais centre Bruxelles juste en face de Clinique Saint-Jean où naissance on s'en souvient, d'où attrait pour les marais en général (on dira toujours pas remis), parcours en chute libre jusqu'à 19 ans, préférence pour café du Botanique où flippers interminables et tous déjà scotchés à Lio qui étudie au lycée voisin Institut Gatti de Gammond mais chante déjà Banana Split, plus vieille d'1 an mais on a bien ri (si si remis pas de souci)
fascination pour la forêt grâce à caravane achetée par parents et installée à Nassogne dans les Ardennes belges pas loin de Marche-en-Famenne à l'orée de la forêt de Saint-Hubert, années miracles à découvrir heure de l'apéro des adultes, pétanques sous le soleil (à l'époque régulier) et amourettes inavouées pour Nathalie et sa soeur Sylvie venues de Namur avec René Loutz leur père professeur de mathématiques et Arlette la mère esthéticienne ou pédicure ou comptable enfin je sais plus
fascination aussi pour acteurs de cinéma qui s'affichent au Festival de Bruxelles juste à côté de l'Institut Saint-Louis dans le Passage 44 boulevard du Jardin Botanique et premier autographe de Bruno Crémer et année suivante de Bernard Giraudeau
vacances scolaires à occuper comme enfant unique et journées entières à accompagner boulot du père Raoul qui vend sa marchandise dans toute la Wallonie, conséquence vu Charleroi, La Louvière, Liège, Mons, Soignies, Ath, Gembloux, Spa, Verviers, Waremme, Arlon, Ciney, Genappes, Peruwez, Couvin, Jodoigne, Eghezée, Huy on ne va pas tout citer mais kilomètres bouffés à qui mieux mieux
si pas sur les routes paternelles rester avec Lydia au boulot maternel sur commune d'Ixelles avenue des Mélèzes et lire les bandes dessinées (tout Spirou, Tintin et discrètement avec argent de poche Fluide Glacial, A Suivre, Métal Hurlant, Charlie Mensuel, Circus) genre par ailleurs appris durant deux ans à l'académie de Saint-Gilles avec Eddy Paape dessinateur de Luc Orient jusqu'à ce que planches montrées au dessinateur Hermann, admiré pour Comanche, et qui sans pincette descend en flamme et dégoûte à jamais (remis et sans rancune)
après adulte c'est bon merci


Ecrit dans le cadre de l'atelier en ligne de François Bon
http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4336

vendredi 17 juin 2016

Ce matin et puis non.






il s'est levé et a constaté que ce matin

un jalonneur de temps s'est pris les pieds dans ses projets secrets

une danseuse de sentiments a chuté dans l'ombre des artères

un manipulateur de regards a cogné l'écume des grands soirs

une siffleuse de terre s'est retournée face aux bêtes invisibles

un constructeur de fluides a vu surgir un entre-monde de la page

une coureuse d'attente a ouvert les tableaux de bitume

un compteur de matière s'est entendu avec une vendeuse de regrets

une chercheuse de souvenirs a plié un passage de nuit

un graveur de vent a joué sous les routes liquides

un

non

non non non

il a pris son médicament et s'est recouché


samedi 11 juin 2016

Notes sur ma table de travail.







Quand le propriétaire des lieux n’est pas là, on peut depuis cette position confortable (allongé sur la table de salle à manger à soixante-quinze centimètres du sol avec vue sur la cour et les oiseaux passant) voir ceci : une planche de bois clair non verni (bonjour les futures taches de café), clouée à droite à même un socle constitué de deux caisses de vins (notamment un Château Batailley, Pauillac, Grand Cru Classé) posées à leur tour sur une vieille caisse à on ne sait pas vraiment, qui contiennent vers l’extérieur (direction canapé et grand miroir de deux mètres de haut et un de large) une série de polars des Editions Viviane Hamy, quelques uns en format poche de la Série Noire, mais aussi posé horizontalement Le Quatuor d’Alexandrie d’un certain Laurence Durell, vers l’intérieur (direction sous la planche et dès lors pas facile d’accès mais ça le regarde, direction jambes du propriétaire plus simplement) des enveloppes blanches (une trentaine) qui peinent à tenir debout car négligemment coincées entre la paroi de bois et un dérouleur de papier collant inoccupé à l’heure actuelle, donc fort mal soutenues d’un côté (c’était prévisible), deux plumiers noirs bourrés de feutres, bics, crayons, marqueurs, gommes comme un bon élève se doit d’avoir, des carnets de tailles et couleurs diverses, bleu, fushia, vert, noir, certains vides (espoir d’avoir des projets) d’autres remplis de notes, croquis, remarques, commentaires (des projets concrétisés), et clouée à gauche sur une tablette à roulettes (elle-même bricolée pour être stable) qui sert essentiellement à supporter des plantes (treize pots), petits cactus, tombantes ou à larges feuilles, toutes de nom inconnu - et c’est peu dire que la plus grande devient clairsemée, aurait-elle une maladie - d’autres plantes d’envergure modeste se retrouvant sur le front de la table de travail, contre le mur qui surplombe un chauffage (peu utilisé, un autre dans la pièce faisant son office à suffisance) judicieusement disposées sur un montage de caisses en bois à nouveau, l’une ayant contenu une bouteille de Cognac (à peine bue et assignée désormais en cuisine), une autre étant un vieux classement pour fiches de carton en position debout (souvenir paternel et cela semble important) et enfin une caisse de vin rebelote (Château Croix du Casse, Pomerol, 1986, c’est comme ça). Certaines de ces plantes ont un cache-pot, qui bordeaux, qui brun terre, qui noir à arabesques turquoises, glanés sur des poubelles la plupart du temps mais également une petite casserole rouge qui a beaucoup plu à Philippe Girault-Daussan d’après ce qu’on a pu lire dans un commentaire sur Facebook. Derrière les plantes se plante (pourquoi pas) plutôt sur la gauche un miroir tout piqué aux formes sensuelles (encore une acquisition un soir de poubelles) au pied duquel on trouve un soleil doré d’une vingtaine de centimètres de diamètre, venu on ne sait plus d’où et ça n’a pas grande importance, un autre miroir plus petit et vertical, sans doute marocain parce qu’un encadrement métallique doré (mais rien ne l’atteste et c’est peut-être péruvien) qui fait pâle figure entre ses grands frères, disparaissant presque derrière deux tentatives de faire pousser des noyaux d’avocats, initiatives probantes pour l’instant, bien que l’une des deux souffre de taches brunes au bout des feuilles, une explication à trouver nécessairement. Trois cartes postales forment d’intéressantes pauses graphiques dans cet ensemble de chlorophylle : une photo de Jean Genet à New-York, noir et blanc, Genet étant légèrement penché vers l’avant (il est beau, plus trop jeune), un dessin représentant deux mantes religieuses qui discutent le coup au-dessus d’une phrase en anglais trop loin pour arriver à la lire et une jolie composition pleine de couleurs sous le titre New-Yorker. Cette dernière carte a le coin inférieur gauche rongé par la terre humide qui entoure un des noyaux d’avocat. Avant d’en arriver au plan horizontal en bois clair, relevons dans la caisse de Pomerol 1986 une série de livres et pages reliées par des anneaux en spirale où on découvre les noms de Georges Perec (trois fois : Espèces d’espaces, La vie mode d’emploi et L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation), Annie Ernaux (deux fois : Regarde les lumières mon amour et Les années), Hubert Haddad (deux fois : Le nouveau magasin d’écriture et Le nouveau nouveau magasin d’écriture), Thomas Clerc (une fois : Intérieur), plusieurs fascicules encore (et notamment Ateliers d’écriture auprès de personnes fragilisées, édité par le réseau Kalame), et ce n’est pas rien, Candide, nom que l’on trouve aussi sur un carnet noir posé sur le plan, on y reviendra. A cette bibliothèque réduite, le propriétaire se consacre régulièrement et à toute heure du jour, on l’observe passer de l’écran aux livres derrière l’écran, rêvassant à la lumière de la fenêtre qui ouvre sur la gauche de l’ensemble dont question ici. Des câbles qui ressemblent à de piètres casques sonores, un chargeur téléphone avec sortie usb et quelques crayons et feutres occupent un pot à motifs bleus qui finit la partie murale de la table de travail. Posés sur cette planche au nom de table (un bricolage récent c’est indubitable) deux baffles en plastique gris destinés à améliorer le son venu de l’ordinateur mais s’étant révélés plus insupportables encore, on ne les utilise plus, on suppose que les voilà en attente d’être jetés un de ces prochains jours. A gauche de l’ordinateur portable, quel euphémisme pour un encombrant modèle en pathétique plastique noir d’origine chinoise, dont l’achat est regretté amèrement tant se révèle fastidieux le déplacement de la machine (projet d’acquisition légère taraude le propriétaire qui attend sans doute des finances plus ensoleillées), gisent quatre carnets noirs d’épaisseurs inégales, l’un porte la mention (sur la tranche) de Cour Intérieure et y logent des notes sur le travail théâtral de proximité, un autre Carnet 2 (toujours sur la tranche) ayant pour fonction l’écriture manuelle qui chatouille des fois, un troisième celle de Candide (on le savait et est-ce besoin de préciser sur ce qui y est écrit quand on sait que l’oeuvre de Voltaire est à quelques centimètres à peine) et le dernier aucune mention tant il est fin et abîmé (probablement que des séjours en poche lui ont fait la vie dure). Devant le quatuor de carnets et voisins des plantes mentionnées plus tôt, un tas (pas d’autre mot) de papiers dont les premiers visibles comportent des lignes rouges, des cases, des codes, une enveloppe brune et un mode d’emploi terne qui affiche Exercice d’imposition 2016 (piètre titre pour une oeuvre). Sur ces papiers non désirés s’appuie un ancien lecteur dvd blanc et noir de marque Panasonic, qui a bien servi lors des trajets en vacances quand les enfants s’impatientaient du temps infini pour rejoindre la région de Cahors tant aimée. Rien d’autre à gauche donc passons à droite du matériel informatique décevant et observons un globe terrestre lumineux, identique à celui de la chambre d’enfant, vestige d’une réalisation théâtrale qui vit une oeuvre de Jules Verne adaptée sur scène et son titre inutile de le citer, l’image est claire. Il se tient sur le coin supérieur droit de la planche/table quand on regarde d’en haut (pas inutile de resituer dans l’espace, on s’y perdrait) et sa lumière éclaire un pot jaune qui contient encore une plante aux petites feuilles grasses. C’est là que les plus futés remarquent caché par le pot un Stabilo Boss orange comme certains pays sur le globe, joli rappel somme toute. Un porte-mine noir accolé à un mince bloc de post-it jaunes, lui-même menant à un grand cahier noir ouvert sur une page qui voit deux noms affublés de numéros de téléphones portables (des personnes à appeler ou peut-être est-ce déjà fait, ça le regarde) et une carte postale représentant un trompettiste devant des têtes en contre-jour (et mention suivante : Vos bons plans de sorties sur culture.lozère.fr) complètent la description de cette table de travail. On sent bien que le tout hésite entre jardin d’hiver et bureau improvisé mais de toute évidence du temps est passé là et quand le propriétaire accueille une présence comme la mienne sur ses genoux, le boulot avance mieux, ceci dit sans prétention.



mercredi 8 juin 2016

7.50




pas là pour
écoute
fouille
50%
pas grand chose
tentation
passé de mode
lignes carreaux
écoute écoute
un petit monde
trifouille
essaie
comptabilise
6 articles max
grincements
isolement
pas là pour
et quand même
au bout du compte
50%

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Pied de biche



Au pied de biche si on vous le dit.
Que demain puisse s'ouvrir est déjà une bonne nouvelle en soit. On l'imaginait verrouillé, cadenassé, barricadé aux petits, modestes, fragiles, sans territoire et sans le sou.
Une fenêtre apparaît qui laisse entrevoir la possibilité d'un futur plus verdoyant, encore confiné pour l'instant mais il suffirait de plusieurs pieds de biche, d'une armée de pieds de biche pour faire sauter ce lourd cadenas que d'aucuns se plaisent à cimenter dès la première bouffée d'air frais venue.
On peut se laisser aller, maintenant qu'on a identifié l'outil ad hoc, à rêver d'un demain sans châssis ni chambranle, dont les contours seraient et resteraient flous et où, dès lors que le cadre aurait valsé, nous seraient évitées ces sempiternelles ecchymoses qui ternissent l'éclat de nos peaux gorgées de soif de vie.





samedi 4 juin 2016

Diapason.


Main du 3 juin 2016.


si temps à ne pas mettre main dehors il fait
un instant s'offrir la promenade chez soi
moments à prendre à plein regard

l'autre avait osé
s'était hissé
le temps il en avait plein sa besace
au projet qu'il formait tout entier se concentrait
jamais ne semblait s'épuiser
ni renoncer
jamais non plus ne s'inquiétait
de l'ombre qui s'avançait

la main embarque dans un temps autre
un instant étiré à jouir du regard
soi à mettre au diapason

l'autre avait senti
s'était figé
le temps il s'en souciait comme de rien
au repas qui s'annonçait tout entier se dédiait
toujours se dressait vers la tache
et scrutait
toujours aussi progressait
à l'ombre de qui observait

autre regard à promener sur le temps
offrir instants et moments au dehors
sa main à soi étirée comme un jouissance


jeudi 2 juin 2016

L'imparfait du processus.




Main du 2 juin 2016.

Etrange impression à l'idée de faire partie d'un jury pour qui comme moi n'enseigne pas. A regret je m'en rends compte à mesure que les années s'accumulent alors que simplement d'être père par deux fois (et d'ados qui plus est) place devant l'idée de transmission qu'on le veuille ou non. Singulier aussi d'aller en Ecole d'Art émettre un avis qui se devra d'être pertinent alors que d'école de quoi que ce soit je n'ai fait. La dernière fois ce devait être il y a quatre ou cinq ans et le souvenir d'une illégitimité passagère mais bien ressentie à se demander pourquoi moi qui suis hors des circuits traditionnels (ou en tout cas plus dans le mouvement des poussières établies et subventionnées), pourquoi pas tous ceux-là qui aimeraient tant reluire d'un avis décisif sur jeunes aspirants comédiens et en arriver à se dire pourquoi pas moi au fond. Oui pourquoi pas. Et souvenir aussi d'avoir postulé par deux fois au poste de chargé de cours (pas sûr de l'appellation d'origine contrôlée) et avoir remis un dossier dans lequel je souhaitais amener l'écriture (originale ou adaptation) dans le processus d'un module, déjà sur le chemin si nécessaire aujourd'hui d'inscrire l'écriture dans processus de vie, de création quelle qu'elle soit. Mais comment juger des étudiants dont je ne connais ni l'identité, ni le parcours, ni les motivations, ni les évolutions, ni les aspirations? Comment occuper cette place et remplir ce devoir quand ce qui me stimule en tout et partout c'est le processus, l'avancée, la recherche, le laboratoire permanent, le rugueux et l'âpre, l'imparfait et l'hésitant? Quels mots trouver qui ne soient pas stupidement définitifs et lisses? Comment ne pas heurter ni flatter ces jeunes gens qui de fantasmes en projections rêvent d'un accès illimité à la profession, si inconstamment professionnelle, si rarement accueillante à moins de correspondre aux esthétiques de par-ci et par-là et de se mouler dans le mouvement bien-pensant des vieux schémas? Le meilleur des encouragements ne serait-il pas de les inviter/inciter à créer tant qu'ils peuvent en structures et surtout hors structures, à être comédien et auteur et régisseur et producteur et scénographe et costumier et lecteur et inlassablement curieux de toute forme d'écriture, ancienne et contemporaine, à ouvrir grands les yeux sur le réel si bousculant pour nourrir toutes les fictions qu'ils seront amenés à incarner, évoquer, révéler. Ne sont-ils pas déjà en position de transmettre à leur tour?
Appelé à faire partie de ce jury en Art dramatique, je m'interroge. Pas sur la raison de ma présence, peut-être d'ailleurs ne suis-je là que pour remplacer un indisponible, mais sur la fragilité de l'exercice, mesurant les enjeux, devinant les attentes, pour eux comme pour moi, sans compter celles de l'institution aussi et de l'ensemble des deux jurys, interne et externe, tout ce petit monde devant rentrer chez lui le soir avec le sentiment d'avoir été juste et humain, même si hésitant et imparfait.




Eau et vélo.



Main du 1er juin 2016.


Chercher ordre et priorité d'une journée décomposée. Scruter état de grève du rail et déraillement du pays. Vouloir courir sous crachin mué en averse offrant aux limaces même le jour pour sévir. Attendre. Ranger dégâts oubliés d'une cuisine au service d'ados affamés. Ouvrir courrier gris et immuable avec indices gaz électricité à relever encoder envoyer et au final payer. Lire histoire d'enterrement sachant qu'à un prochain enterrement impossible d'aller. Scruter avancement de l'ail planté en octobre et peinant à arriver mature et dodu. Noter résultats  prise de sang avec attendus constats et mesures à prendre oh pas bien grave mais si facile d'être insouciant ou inconscient. Se rappeler que nombre de balais change bientôt et que inéluctable est le risque. Relire passage lu plus tôt et ne s'en pas souvenir. Attendre éclaircies pour suer sur macadam après mois d'abandon. Refaire café pour tenter le point sur priorités malgré journée qui file droit et dru. Se pencher sur Gorki qui veut avancer et n'attend qu'un peu de volonté. Respirer particules des avions souillant cour et potager avec limaces encore insensibles. Constater milieu d'après-midi que milieu d'après-midi est là déjà sournoisement. Simuler compréhension mathématiques si loin si loin dans la mémoire pour aider jeune ado à croire en pertinence du cours et réussite des contrôles imminents. Préparer thé églantier à partager pour réchauffer des froides mathématiques et des limaces irrespectueuses et des avions suintants. Trouver chemin peut-être dans scène sous la couverture entre la grand-mère et jeune Maxime Gorki. Constater que fin d'après-midi est là déjà inévitablement. Remplacer retrouvailles course à pied par vingt-cinq minutes vélo de chambre et jubiler de sueur dans le dos. Douche. Obéir conseils médecin et boire de l'eau de l'eau de l'eau. Garder l'ado qui sans train roulant restera plus longtemps sous le toit paternel. Regarder ado serrer le chat longuement et s'émouvoir. S'atteler repas du soir poisson courgettes tomates ça paraît être fait pour quatre et tout manger à deux. Voir propre histoire d'embonpoint dans téléfilm moyen curieux justement aujourd'hui. Constater que fin de soirée est là déjà décidément bonne nuit mon garçon bonne nuit et heureux d'un peu de temps à deux rien qu'à deux. Hésiter sur lecture couchée. Michon? Simenon? Bergounioux? Bon? Se relever cinq fois la nuit de l'eau de l'eau de l'eau et de la tisane bues.