jeudi 15 novembre 2018

Poèmes fondus / 33





ma pensée
à l’autrefois suspendue


dite ici par hasard
par volonté pleine


parce que déposée
où la parole m’était apparue


cheminait à la rencontre
d’une langue lointaine


qui seule et périssable
suivrait le clair soupir


que teintent les pleurs
après les rires





mercredi 14 novembre 2018

Ce matin / 30




ce hier matin une pulsion

lire jusqu'à
avoir le projet de lire comme le projet d'écrire
si le projet d'écrire ne peut être tenu ou seulement éparpillé
celui de lire doit l'être           peut l'être
pourra
au moins pour soi
pour conclure comme Marcel Proust ayant achevé son œuvre

il fallait un vertige un gouffre attirant un éclair
absolument vital infini indéfini
absolument possible impossible
il fallait que toutes les pages soient là
tout près dans l'attente d'être chacune
élue et lue tour à tour

sinon sans ça ce qui reste de route aura moins de goût
de sens

IL FAUT BIEN SE CREER DE NOUVELLES OBSESSIONS 



mardi 13 novembre 2018

Poèmes fondus / 32





ton mort
à moitié refroidi
au chaud
du on même ensemble
banal blême enfant
visage cheveux mains
en cercle
tournent
tourne
solitaire
ton mort
esprit
en miettes
à mesure
d’une fin émue
à moitié
annoncé.e





lundi 12 novembre 2018

Poèmes fondus / 31




de lui
l’obsédé
parle
s’éloigne la pauvreté d’amour
guidée par le dégoût
sous
la nuit
s’épanche le frisson de l’âme
traîné par les pieds
hors
des hommes
parle
où est le frère
où est la lumineuse fièvre
nue sans cesse
parle mirage
parle


parle
mirage
que
l’obsédé se lève
étale sa charogne
et
règne
nu






vendredi 9 novembre 2018

Ce matin / 29




ce matin quelques lignes de Proust encore


l'autre jour une émotion incroyable à lire une page du début de
A la recherche du temps perdu


"Je voulus embrasser maman, à cet instant on entendit la cloche du dîner. « Mais non, voyons, laisse ta mère, vous vous êtes assez dit bonsoir comme cela, ces manifestations sont ridicules. Allons, monte ! » Et il me fallut partir sans viatique ; il me fallut monter chaque marche de l’escalier, comme dit l’expression populaire, à « contre-cœur », montant contre mon cœur qui voulait retourner près de ma mère parce qu’elle ne lui avait pas, en m’embrassant, donné licence de me suivre. Cet escalier détesté où je m’engageais toujours si tristement, exhalait une odeur de vernis qui avait en quelque sorte absorbé, fixé, cette sorte particulière de chagrin que je ressentais chaque soir, et la rendait peut-être plus cruelle encore pour ma sensibilité parce que, sous cette forme olfactive, mon intelligence n’en pouvait plus prendre sa part."


depuis trois jours que ces mots ont lu en moi
je cherche
je ne vois pas quelles phrases dans quel livre m'ont cloué de la sorte
il y en a eu certainement

certainement

là ça ne me revient pas
du coup cette œuvre gigantesque qui m'attire et m'effraie depuis longtemps
s'ouvre un peu
et
chaque jour j'y vais vibrant rien qu'à ouvrir le livre


sinon Marcel Proust a écrit dans une lettre (à Emmanuel Berl)

je ne suis moi que seul



jeudi 8 novembre 2018

Ce matin / 28





ce soir pour ce matin

ils ne prennent plus le temps de vivre dit la vieille dame regardant ses fils moissonner sans relâche

un père est mort avant-hier/le mien il y a vingt ans
un héritage à gérer/le mien m’a laissé sa mélancolitude

avancer dans le jour comme on roule dans le brouillard de milieu d’automne
prudent et inquiet

le temps de vivre se ramasse à l’appel
de la mémoire

sinon ça vit
sauf quand ça mémoire
quoique



mercredi 7 novembre 2018

Poèmes fondus / 30




c’est entre soi et soi
soi et le jour
soi et le fuir

les idéaux

c’est entre soi et combien de soi
soi et le flou
soi et le perdurer

les désirs

c’est entre soi et la frontière de soi
soi et l’intuition
soi et le parsemer

les espoirs

c’est l’histoire de la forcément perpétuation de soi
incomprise
inutile
impossible

l’histoire de l’expression de soi dans l’histoire
dans l’histoire
de soi partagé.e
dans l’histoire

le monde est cimes de soi