lundi 12 novembre 2018

Poèmes fondus / 31




de lui
l’obsédé
parle
s’éloigne la pauvreté d’amour
guidée par le dégoût
sous
la nuit
s’épanche le frisson de l’âme
traîné par les pieds
hors
des hommes
parle
où est le frère
où est la lumineuse fièvre
nue sans cesse
parle mirage
parle


parle
mirage
que
l’obsédé se lève
étale sa charogne
et
règne
nu






vendredi 9 novembre 2018

Ce matin / 29




ce matin quelques lignes de Proust encore


l'autre jour une émotion incroyable à lire une page du début de
A la recherche du temps perdu


"Je voulus embrasser maman, à cet instant on entendit la cloche du dîner. « Mais non, voyons, laisse ta mère, vous vous êtes assez dit bonsoir comme cela, ces manifestations sont ridicules. Allons, monte ! » Et il me fallut partir sans viatique ; il me fallut monter chaque marche de l’escalier, comme dit l’expression populaire, à « contre-cœur », montant contre mon cœur qui voulait retourner près de ma mère parce qu’elle ne lui avait pas, en m’embrassant, donné licence de me suivre. Cet escalier détesté où je m’engageais toujours si tristement, exhalait une odeur de vernis qui avait en quelque sorte absorbé, fixé, cette sorte particulière de chagrin que je ressentais chaque soir, et la rendait peut-être plus cruelle encore pour ma sensibilité parce que, sous cette forme olfactive, mon intelligence n’en pouvait plus prendre sa part."


depuis trois jours que ces mots ont lu en moi
je cherche
je ne vois pas quelles phrases dans quel livre m'ont cloué de la sorte
il y en a eu certainement

certainement

là ça ne me revient pas
du coup cette œuvre gigantesque qui m'attire et m'effraie depuis longtemps
s'ouvre un peu
et
chaque jour j'y vais vibrant rien qu'à ouvrir le livre


sinon Marcel Proust a écrit dans une lettre (à Emmanuel Berl)

je ne suis moi que seul



jeudi 8 novembre 2018

Ce matin / 28





ce soir pour ce matin

ils ne prennent plus le temps de vivre dit la vieille dame regardant ses fils moissonner sans relâche

un père est mort avant-hier/le mien il y a vingt ans
un héritage à gérer/le mien m’a laissé sa mélancolitude

avancer dans le jour comme on roule dans le brouillard de milieu d’automne
prudent et inquiet

le temps de vivre se ramasse à l’appel
de la mémoire

sinon ça vit
sauf quand ça mémoire
quoique



mercredi 7 novembre 2018

Poèmes fondus / 30




c’est entre soi et soi
soi et le jour
soi et le fuir

les idéaux

c’est entre soi et combien de soi
soi et le flou
soi et le perdurer

les désirs

c’est entre soi et la frontière de soi
soi et l’intuition
soi et le parsemer

les espoirs

c’est l’histoire de la forcément perpétuation de soi
incomprise
inutile
impossible

l’histoire de l’expression de soi dans l’histoire
dans l’histoire
de soi partagé.e
dans l’histoire

le monde est cimes de soi






Poèmes fondus / 29




vite
style auquel
chaque totalité fouettée chaque
fidèle à glace émergente fidèle
au-delà du largement donné au-delà
traitant le ferme moment lui-même traitant
calculant le plusieurs ensuite calculant
pupitrant les volumineux disciples d’art pupitrant
fraisera en recette
chaque vite
au tamis des coutumes
l’art ouvert et encadré et rafraîchi
de la musique mousseline assise
fleuron
des quatre demi-saisons
de fin des fêtes de style 

fidèle à l’au-delà de l’art
chaque style émergent
calcule la recette volumineuse
au tamis ouvert
des saisons de fin de fête

ensuite se rafraîchit
de musique glacée




dimanche 4 novembre 2018

Ce matin / 27




ce matin (alors que le dos)

le précipice de soi ne se lève pas chaque jour
pas chaque jour à la même heure intérieure
quelques fois le vent s'y engouffre décidé et trouble
ce chant imprévisible libéré de toute intention occupe amicalement
ce que de soi on n'ose écouter

sinon le dos va comme la falaise sous la tempête
s'effrite imperceptiblement




samedi 3 novembre 2018

Ce matin / 26






dans le seul du matin patiente la joie du réveil de soi
la fenêtre de soi s’ouvre prudente
personne d’autre que soi pour secouer le temps de
les paroles sont confinées là où soi-même on s’interdit de piocher

(pour l’instant)

être seul avec son matin et n’ouvrir les yeux sur nulle part
nulle part soi
nu parle
seul