mercredi 23 janvier 2019

Poèmes fondus / 57






la musique me souille
la blanche m’aveugle le chemin des yeux
la noire me fouette le tremblé des lèvres
la bleue me déchire la vie du ventre
la rouge me désempare la valse des os


notes airs mélodies
vives nausées
brûlures sucées
montez
criez
lancez
à gros jets


bêtes abominables
taches
boutons
gisez musiques


voilà le puit
crapaud du bas
large
il appelle







lundi 21 janvier 2019

Poèmes fondus / 56






je cours de cicatrice
en cicatrice
ne vivant plus que par lignes éraflées
l’haleine malmenée
gonflé au non
sans désir grand
à l’arrêt

à maintenir intact
l’à peine de ma peau rompue
à perdre tant le léger
l’arrêt du nous nous étions aimé
s’est proclamé

je m’oppose
envenimé de toi
l’étonnement
auparavant vivace
est fini

je surveille les jours de rien
les bras lisses
sans amour






dimanche 20 janvier 2019

Poèmes fondus / 55







l’histoire rôde
fuit les eaux calmes
se saoule de délires gâtés
excuses aux poings

l’histoire rôde tombe
craint la quiétude
se fout des jeux d’enfants
insolences aux lèvres

l’histoire rôde tombe étouffe de pauvres discours
se décolle à coups de fumées
toujours
parle
compte
crie
menace
poursuit
achève

être l’histoire
et
au même instant
mourir à sa place





Ce matin / 46







ce matin je me suis mis près de moi
aussi près de moi qu’impossible
appelant un premier baiser
la fatigue observait du coin de l’œil mi-clos
esseulée boursoufflée
distinguant le flou des heures allongées
pas de mots derniers mots confiés à la nuit débutante
fallait-il taire les mots
les effacer dans le même temps qu’ils s’écrivent
les envoyer si loin que devenus invisibles ils en deviennent inaudibles
si loin qu’oubliés au regard ils en disparaissent de la pensée-même
si loin qu’interdits à l’encre ils se dissolvent dans un noir renoncement

ce matin je me suis pris près de moi
serré fort
en flagrant délice d’étreinte
au risque insouciant et mesuré de frôler une peau absente

la forêt bruissait sans doute de nous attendre
elle seule entendait

ce matin je me suis vu prêt
quelque chose écrivait
prêt de moi












vendredi 18 janvier 2019

Poèmes fondus / 54






un retard est en route
il devrait arriver
d’une minute à nous
avant le rendez-vous
le temps d’un pas longtemps
avec tact
preuve qu’un soi de soi
qu’un rôle de soi
change

un retard en manteau
l’air coupé d’un
cela va non ?
déconcerté comme une pause rangée
la lenteur en bataille
la présence désolée
seul

pour rejoindre
accompagner
ce qui
en nous
en armes
au corps
chuchote
personne pour habiter la gravité ?
murmure
personne ici ?

un retard est en route
seul ?






Ce matin / 45




ce matin sera
tomber
constaté être tombé
comme le soir
la neige de sa chaise

cherche
vieux masque
cherche hors toi à tomber souriant
cherche à tomber alors que déjà tombé

la secousse
fantôme de fatigue
de fatigue du reste
du reste d’aimer

d’aimer
qui mourait

ce matin
cherche
sinon le premier baiser
une main une peau un sexe un cri
hors toi


ça
renaître
une ultime fois

le futur cherche
un sourire enfoui
un fantôme rêvé

va
hors toi
il se dérobera si tu ne l’aimes pas




mercredi 16 janvier 2019

Ce matin / 44





ce matin, il apparaît que ce magasin de jouets à étages, labyrinthe où l’on semblait trouver normal qu’il s’égarât, alors qu’on lui avait confié la garde d’un tout jeune enfant qui n’était pas le sien, il apparaît donc que ce magasin n’existe que dans le rêve, celui qui s’était glissé entre 6 heures et 7 heures, dans la tentative désespérée de reconquérir un sommeil rétif à toute empathie pour le propriétaire des lieux

ce magasin était du toc, du vent, un château de cartes n’attendant que d’être écroulé par le réveil, effacé aussi vite qu’apparu, il n’avait peut-être rien amené de plus à la nuit, n’avait été voulu par personne, n’était ni un piège, ni une illusion à bas prix, juste un mystère tout en bois

on ne savait pas ce qu’était ce magasin, s'il représentait quelque chose, sinon peut-être l'assurance que le sommeil s’était réinstallé une petite heure
dès lors
on avait à le remercier pour cela car, oui en y réfléchissant, ce magasin avait apporté quelque chose de plus à sa nuit

ça va se dit-il, la fatigue est encore là mais l’inattendue rencontre avait apaisée certains tourments, l’enfant qu’il avait tenu dans les bras ne serait jamais le sien, il avait passé l’âge de toute façon et l’âge a parfois du bon