dimanche 24 mars 2019

Poèmes fondus / 73







des femmes
la première fois
on ne sait comment

ébloui
boire la peau
essoufflé
dénouer les formes
surgi
tamiser le regard

taille doigts chevilles pieds nuque
surtout pas à la hâte
temps

les gars/bandits
choisissez les lumières
les zones d’or
nombreuses
autres
floues

la première fois
nus
on parle on repose on rigole
on se mêle

cils et heures dessiné.e.s au bout des ténèbres










samedi 23 mars 2019

Poèmes fondus / 72








j’habite la forêt
seul        peut-être
toujours les jeunes soirs
y trouvent de mystérieux étés

j’habite
des sentiers rares
odeurs bruits odeurs bruits
cherchent
parfois un coin
d’avenir

est-ce
l’espace qui se détourne déjà de moi
la vie qui sillonne déjà par moi
le ciel qui s’assied déjà

j’habite de vastes bois
seul        abrité 
à l’ombre du nombre







jeudi 21 mars 2019

Poèmes fondus / 71






aux heures de peur
l’éternité
ruse de son poids entrouvert
balance
sa gueule cosmique à tête de serpent fou
recrache
les eaux séchées par ses cornes nouées
accroche
sa grâce pourrie à la face du monde
mon monde


aux heures de coups
l’éternité
frappe
le corps
la bouche
la queue
le con
les yeux
mes yeux


aux heures de boue
l’éternité
vomit
les pauvres
les cerfs
les mouches
les autres
mes autres


l’éternité
de ses temps morts
avale
m’avale

l’éternité
sombre ma peine







dimanche 17 mars 2019

ECRIRE / 1




écrire

pas grand chose
pas autre chose

pas long
pas profond


pas doux
pas mou

pas voulu
pas prévu


pas précis
pas concis

pas lourd
pas sourd


pas adressé
pas destiné


pas infini
pas fini

écrire
pas fort
quelque chose de pas écrit
pas mort

écrire
vivant
invitant

écrire
tout
sans
rien

dedans




jeudi 14 mars 2019

Ce matin / 49




ce matin la chambre est petite
lecture de Annie Ernaux puis de Antoine Emaz avant de présenter du Voltaire aux lycéens
la chambre est grande avec ces trois-là
un vent à tourner les pages s'essaie à travers les vitres
l'autoroute tranche au loin
il est 11h10
temps d'aller cultiver son jardin

lundi 11 mars 2019

Poèmes fondus / 70







dans ma langue morte
mes yeux avalent mon ventre sèche
la plaie hurle
la peine noue


comment inventer une langue viande
une langue hypnose
une langue grâce
une langue flash
une langue émue


j’ai beau gueuler dans ma langue
mon éternité m’échappe
sursaute
ma langue boue glisse

pourrie douce


la langue n’est jamais achevée
la langue est eau



jeudi 7 mars 2019

Poèmes fondus / 69





comptine
je suis cyclope sec

ma langue
ne boit plus
les jours fleuves
ne cherche plus
le cœur

que les décombres

air assourdissant
morceau de toi
je t’écris
en mort intense

je ne suis
que
bras en guerre
convulsions

je t’écris
je t’écris
je t’écris
ne raconte à personne

comptine
presse-moi
je suis cyclope aveugle