vendredi 29 juillet 2016

Et s'y perdre.




heureusement qu'il y a écriture et s'y laisser entrer

heureusement qu'il y a ciel toujours racontant et s'y perdre

heureusement qu'il y a route à faire et s'y ruer

heureusement qu'il y a horizon à déplacer et s'y perdre

heureusement qu'il y a ce qui ne peut être retiré à soi-même d'amour qu'on porte et s'y baigner

heureusement qu'il y a vue sur vallées forêts rivières ponts collines et s'y perdre  

heureusement qu'il y a ce qui ne peut être ôté à soi-même d'amitié qu'on reçoit et s'y laisser gagner

heureusement qu'il y a lecture lecture lecture lecture et s'y perdre

heureusement qu'il y a force et résistance venues d'on ne sait où et s'y fortifier

heureusement qu'il y a terreau humus graines pousses fleurs écorces chemins et s'y perdre

heureusement qu'il y a soif de vie et s'y accrocher

heureusement qu'il y a écriture et s'y perdre

jeudi 21 juillet 2016

A la langue belle.








tortueux ruban de mots abrupts/
irréductible chaîne de considérations vénales/
rugueux agglomérat de termes aveugles/
étouffant amas d'injonctions floues/
douloureuse étendue de conclusions vulgaires/
saignante logorrhée au venin officiel/
silencieux aboiement à la lune figée/
putride trajectoire au cœur cogné/
glaciale plongée en vase cannibale/
coupante chute en gouffre sourd/
infinie insulte à la langue belle/
un jugement



lundi 18 juillet 2016

Nécessité de l'autobiographie.






Bureau du jour.
Ecrire "les bouvreuils sautillent sur les branches recouvertes de givre."
Maxime Gorki, enfant, s'évade dans sa fascination pour le chant des oiseaux. Dans la Russie enneigée, bouvreuils, serins, chardonnerets tentent de l'emmener vers la gaieté et la lumière. Mais la violence du cadre familial prend le dessus. "Plus tard, j'ai compris que les Russes dont la vie est morne et misérable, trouvent dans leurs chagrins une distraction. Comme des enfants, ils jouent avec leurs malheurs dont ils n'éprouvent aucune honte. Dans la monotonie de la vie quotidienne, le malheur lui-même est une fête et l'incendie un divertissement. Sur un visage insignifiant, même une égratignure semble un ornement."
Aujourd'hui, jour de grande luminosité à l'orée d'une forêt belge, mon reflet en conséquence sur l'écran de l'ordinateur me ramène à ma solitude d'enfant. Il fait chaud déjà au lever du jour. Plus l'habitude d'une telle densité lumineuse. A converser avec Maxime Gorki depuis des semaines et plus densément depuis dix jours, l'écriture se fait reflet, miroir, écho, et la commande de ce travail se mue en projet personnel. Ce lieu où j'ai choisi de revenir quarante ans après l'avoir découvert, cette parcelle d'un are seulement où une caravane modeste me tient lieu de cabanon, parcelle voisine d'une prairie où gambadent trois superbes chevaux, devient ces jours-ci le champ de l'enfance qui s'interroge ou plutôt de l'adulte qui revient sur son enfance au travers de celle d'un écrivain russe né près d'un siècle plus tôt.
Dans la préface de l'édition Folio, on lit que Maxime Gorki a commencé très tôt à s'interroger sur lui-même. Il voulait découvrir le sens qu'avait son existence. La présence, voire la nécessité de l'autobiographie s'est imposée rapidement. En 1893,  âgé de vingt-cinq ans, il rédige la note suivante: "Exposé des pensées et des faits dont l'action réciproque a déterminé le dessèchement des meilleurs morceaux de mon cœur. L'an 1868, le 16 du mois de mars, à 2 heures de la nuit, par suite de la prédilection qu'elle a pour les mauvaises plaisanteries ainsi que pour compléter la somme des absurdités qu'elle a commises à diverses époques, la nature me fit naître d'un trait de pinceau objectif. En dépit de l'importance de ce fait, je n'en garde aucun souvenir personnel, mais grand-mère m'a dit que dès que me fut conféré l'esprit humain, je poussai un cri. Je veux croire que ce fut un cri d'indignation et de protestation."
Moi aussi.












vendredi 15 juillet 2016

Pour quelques temps.





Qu'est la vie possible 
quand ceux qui comptent s'en vont pour quelques temps,
un demi mois en gros ou plus longtemps,
on ne sait pas ou toujours,
quand on est figé d'avoir voulu connaître l'état d'un monde peu avant le rendez-vous du sommeil jusqu'à n'en pas le trouver,
quand plus aucun rôle ni fonction aux yeux de ceux qui comptent n'est assigné pour ce temps inconnu,
quand le champ de la parole est impuissant à recevoir, comprendre, aider, analyser, encaisser, soutenir, attendre.
Point d'interrogation et trop d'interrogations.
L'été, le 15 est toujours charnière, début ou fin, plein ou vide, visages ou départs, voix ou solitude.
Cette année c'est solitude la promesse de fin de journée.
Possible est la vie pourtant.




samedi 9 juillet 2016

Comme si attendre était le chemin.



Ce qu'il faut là sans attendre et attendre quoi comme si attendre était le chemin.
Ce qui s'avère nécessité urgente et peut-être fuite qui doit se dire comme telle et par-là n'être plus fuite mais projet.
Ce sera aujourd'hui ou pas mais ne plus en pouvoir de la ville.


Etre au milieu d'un village, de villages, de villages connus ou pas, courses à faire dans l'unique supérette à proximité du terrain de foot et du coiffeur pour dames, se garer à la va comme je te m'en fiche sur un trottoir qui est rue aussi et pied de porte d'un autochtone, s'attarder devant échoppe de légumes bio tenue par dreadlocks rideau devant visage buriné ou ongles sales et bouffer même la terre collée aux betteraves difformes, passer à côté de pêcheurs somnolents à chemisettes et casquettes à marque de bière au bord de l'étang d'en haut, faire file à la boucherie entre hollandais bruyants et peut-être Olivier Gourmet en voisin, tremper pieds et mains au premier ruisseau généreux de semaines humides, tambouille à cuisiner sur coin de réchaud instable sous l'aubépine qui sépare des vaches, mais bouger.
Ce qu'il faut c'est bouger et écrire et filmer là-bas au milieu des clichés.
Au milieu ou aux abords d'un village.
Aujourd'hui.



mercredi 6 juillet 2016

Relu/Retard/Reçu/Retour/Revu




Reçu carte d'une amie avec photo du Corral de Comedias d'Almagro.
Retard/retour à Ma vie d'enfant d'après Gorki, projet qui doit avancer et connaître une première structure pour début août.
Reçu bourse de la Sacd pour écrire ce texte.
Retour au banc de montage et temps kilométrique passé sur la dernière vidéo Candide (on the road again).
Retard dans le nettoyage d'été, jamais savoir où sont les priorités qui elles-mêmes se font un pernicieux plaisir à se dissimuler les unes derrière les autres.
Revu Combien ça gagne, un auteur? vidéo de François Bon.
Retard dans la réception d'un jugement et chaque matin au courrier un pincement (ou une douleur).
Revu grand ado/jeune adulte qui revient de quatre jours dans la gadoue à bouffer du concert en pleine pluie dont Paul Mc Cartney qui l'a bluffé.
Relu premier chapitre de Candide vu que ça occupera une partie de 2017, écriture, ateliers d'écriture, recherche avec comédiens et présentation de quelque chose fin juin 2017.
Retour à Anvers où plus venu depuis longtemps et cette gare, mon dieu cette gare (vidéo à venir).
Revu jeune ado qui voudrait faire du montage comme le paternel, on va s'y mettre les jours de pluie, soyons optimiste.
Reçu factures.
Revu le visage d'Anna Karina.
Retard de lecture (tout Julien Gracq, tout B..., tout P..., tout).
Retour à Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau et lu ceci : "... attendu qu'un homme est riche en proportion du nombre de choses qu'il peut arriver à laisser tranquille."
Relu factures.
Retard factures.
Retour des questions.
Relu ce qui précède et comme retard sur plan de bataille, comme reçu aide à l'écriture, comme revu images des dernières répétitions, retour à adaptation Gorki.
Pas d'autre choix.




vendredi 1 juillet 2016

Fait divers & caméra subjective.




surtout qu'en refermant la porte d'entrée, elle sait qu'il lui sera impossible de revenir sur sa décision, celle de sortir avec détermination de la maison achetée huit ans plus tôt, après des mois de visites laborieuses et de comparaisons des taux d'intérêt (et même un moment donné l'idée saugrenue - ou  caprice comme se l'était entendu dire) de partir vivre sur un autre continent ( l'Amérique latine chouchou ce serait rigolo), et pour cela, s'obliger à cette détermination, elle a séparé son trousseau de clés en deux, les  trois clés du pavillon (porte d'entrée, garage, véranda arrière) d'un côté, les clés de voiture et du casier au commissariat  de l'autre, le clac de la porte derrière elle ayant produit une petite décharge glaciale tout au long de sa colonne, presque un sanglot retenu ou un tremblement éphémère, l'hésitation momentanée se transformant en impulsion redoutable, elle chante dirait-on, elle chante tout bas, si faiblement que seuls les oiseaux se troublent de sa marche décidée vers la voiture d'où dégringole une ultime pluie sur le gravier déjà trempé par une nuit d'averses (chouchou cette flotte sur la véranda c'est insupportable je ne dors pas et toi) comme si elle avait pu dormir alors qu'elle a vidé la bouteille de vin à laquelle lui, son mari, son homme de dix ans d'amour dégringolé - et cette façon qu'il a de prononcer chouchouuu en traînant sur le ou final, pitié pitié au secours - bouteille à laquelle donc il n'a pas touché ou si peu, un verre au trois-quarts rempli qui a terminé sa course dans l'évier, cependant qu'elle, au moment où il est couché, s'est mise à boire rapidement et comme inconsciemment - lui là-haut s'est endormi - sans goûter, sans le garder en bouche ce vin correct ne fut-ce qu'une seconde, sans en profiter, d'ailleurs de quoi pourrait-elle encore profiter quand la désolation s'empare de tout son corps épais, rebondi comme aime à le qualifier son mari qui pourtant se contente de se caresser à côté d'elle une ou deux fois par mois, prétextant on ne sait quelle fatigue professionnelle ou mal de dos de circonstance, fatigue qui a fini par la gagner aussi, fatigue des enfants qui se chamaillent souvent dès l'aube, fatigue des collègues -et pas seulement les mâles - qui occupent les mêmes espaces sous-éclairés qu'elle, fatigue de sa mère, sept décennies de frustration dont quatre à regretter d'avoir accouché de son unique fille ( tes frères regarde tes frères comme ils sont débrouillards et toi toi toi toujours à demander maman tu fais mes tartines maman je ne trouve pas mon bonnet ), fatigue des repas surgelés qui jamais ne satisfont personne, fatigue des horaires fluctuants, jour nuit jour deux nuits  jour de récupération où rien jamais n'est vraiment récupérer, ni fatigue, ni douleur, ni lassitude, ni colère, fatigue des barres chocolatées qu'elle s'enfile à répétition comme pour se gaver de déprime sucrée et déborder de son pantalon jusqu'à en arriver à couvrir de sa chair la crosse de son arme de service, fatigue d'être ce qu'elle est et comme elle est et comme on la voit et comme on lui parle ou ne lui parle plus et ayant claqué cette porte d'entrée dont elle n'a plus la clé, ayant couru presque sur le gravier pour faire démarrer la voiture, elle s'est faufilée toujours déterminée mais gauche comme une débutante dans la circulation des sorties d'école, et arrivant sur son lieu de travail, répondant à son collègue de l'accueil qui s'étonne de la voir à pareille heure (et même t'étais pas en congé aujourd'hui toi ) qu'elle a oublié des papiers dans son casier, puis entrant dans le vestiaire, ouvrant le dit casier, elle en sort son arme de service, vérifie le contenu du chargeur, ressort de la pièce et salue le jeune gars qui maintenant reçoit la plainte d'un marchand ambulant, ressort du bâtiment, démarre, roule cinq kilomètres, entre dans le bois, prend le chemin cabossé à droite de la barrière, coupe le contact, respire un grand coup, loge le canon de son arme au fond de sa gorge, et voyant le visage de chacun de ses enfants et même finalement celui de son mari et de sa mère, elle ferme les yeux, attend une larme qui ne vient pas et appuie sur la gâchette



Ecrit dans le cadre de l'atelier en ligne de François Bon
http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4315